La Grande Oreille : La revue des arts de la parole

Depuis 1999, La Grande Oreille, revue trimestrielle, propose de découvrir le conte dans toute sa diversité (contes de tradition orale, mythes, légendes, contes urbains et contemporains, récits de vie…) et sous toutes ses formes (spectacles de conteurs, conte en bibliothèque, en milieu scolaire, hospitalier…).

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Lettre à Armand Gatti

Lettre à Armand Gatti, au nom de la conscience.

Par Claude Faber

Tu es parti alors que certains s’entre-déchirent pour prendre le pouvoir. Dante Sauveur Gatti,  dit Armand, tu n’avais que faire des batailles électorales. Comme tu aimais à le répéter, « ce n’est pas la prise de pouvoir qui importe, c’est la prise de conscience. »

La prise de conscience de soi par les mots, par le langage. La prise de conscience de soi et des autres comme autant de particules virevoltant dans l’infini. La prise de conscience du monde par une vraie connaissance et reconnaissance des flux de son histoire. Par le rejet de tout ce qui avilit, de tout ce qui abaisse, de tout ce qui enferme l’homme dans les certitudes et les vérités étouffantes. Lire la suite

Hommage à Armand Gatti

Hommage à Armand Gatti (1924 – 2017)

par Christian Thorel

La main gauche soutenant une pile de livres d’art, composée de plusieurs volumes dans l’Univers des formes, l’homme fait un séjour de quelques minutes devant le rayon de littératures d’extrême-orient, la main-droite se saisissant des traductions du chinois. Depuis l’accueil dans l’entrée de la librairie, je l’observe de biais, il séjourne à une dizaine de mètres de moi, de l’autre côté, à l’entrée du minuscule couloir qui mène aux autres rayons de la librairie. Un pull à col roulé, noir, un pantalon de velours côtelé, noir aussi, semblent indiquer une certaine insouciance du vêtement, sans négligence toutefois.

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PEINTURE ET LITTÉRATURE

Exposition des sérigraphies de la maison d’édition               Le bleu du ciel au café des langues

Depuis le 18 février nous accueillons une exposition des sérigraphies de la maison d’édition Le bleu du ciel. Artistes et écrivains sont invités à créer une sérigraphie, des mots et des images composent alors une œuvre originale, poésie et peinture partagent le même support. Avec l’Affiche il y a synthèse unificatrice : nous sommes devant un seul objet, une catégorie à part de poème, fait sur mesure pour l’hybridation de la lecture avec l’espace public. L’Affiche devient le trajet intense vers le poème, celui qui s’écrit dans l’image.

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Marilynne Robinson, éloge de la lecture

43bec65b59096b2dfa9a161ed5237179Marilynne Robinson, auteure américaine peu connue en France, nous offre ici un essai plein d’intelligence qui mêle réflexions philosophiques, politiques, religieuses, culturelles et en filigrane un extraordinaire plaidoyer pour la lecture. Lire la suite

LA RECHERCHE DE SOI

« Écrire, c’était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée. » Marguerite Duras

 

Écrire sur soi et pour soi devient au XXe siècle – le siècle de Proust – un enjeu majeur de l’histoire littéraire, jusqu’à ce que l’on nommera l’autofiction. Petit parcours de quelques voix qui se cherchent et qui parfois arrivent à s’entrevoir dans les reflets de l’écriture.


Le bavard
Des Forêts, René-Louis, Gallimard, 1978

« Le Bavard, publié en 1946, remanié en 1963, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d’exemples à l’ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l’auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. » Les éditions Gallimard.

« Publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Le Bavard de Louis-René des Forêt interroge le pouvoir de la parole. Cette œuvre singulière, resté confidentielle à sa parution, est devenue dans les années 1960 un livre de référence pour toute une génération. » Lire la suite de la critique d’Amaury Nauroy.

ÉCOUTER LA LECTURE DE NATHALIE VINOT

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La pluie et le sang

Une bonne lecture de plus pour la nouvelle collection du Bélial, et une lecture tout à fait différente du Vernor Vinge et du Paul McAuley (ne me reste plus que celui de Nancy Kress).
L’ambiance est lourde dans cette novella de Thomas Day, comme elle l’était déjà dans d’autres de ses écrits (on pense à Women in chains, ActuSF). L’atmosphère moite et étouffante de Bangkok pèse autant sur ses habitants que sur le lecteur, elle transpire et imprègne l’histoire. Nous sommes lancés en compagnie d’un policier sur les traces de Dragon, tueur impitoyable de proxénètes et de pédophiles. Cette traque soulève plusieurs questions : l’attitude des autorités vis à vis de la prostitution d’enfants et donc face à notre tueur, notre rapport à la sexualité par l’intermédiaire du policier qui recherche vainement l’incarnation parfaite de son fantasme le plus fou et ; interrogation inévitable, Dragon est-il un héros ou un salaud ?
C’est un texte fort, qui nous met un gnon en pleine tronche de par le sujet mais aussi de par l’écriture crue qui ne nous épargne rien.

DragonDragon, de Thomas Day

Le Bélial – 2016

Protons et vieux croutons

Deuxième titre de la nouvelle collection du Bélial, « Une heure-lumière », et quatrième et dernier dans mon ordre de lecture, Le Nexus du docteur Erdmann est aussi celui que j’ai préféré.
Henri Erdmann est un physicien à la retraite, ou presque, étant donné qu’il donne encore des cours à la fac du coin à des étudiants pas si prometteurs selon lui. Il a mauvais caractère, se déplace en déambulateur et il faut avouer qu’il n’apprécie pas grand monde à la maison de retraite. Pour l’aider au quotidien il y a Carrie, aide-soignante sympathique que l’on va suivre également, battue par son ex petit ami flic qui la harcèle.
Henri va rapidement connaitre des sortes de micro attaques cérébrales, accompagnées de visions, pour lesquelles il ne trouve pas d’explication. Mais le mystère va encore un peu plus s’épaissir lorsqu’il va se rendre compte qu’il n’est pas le seul résidant à la maison de retraite à les ressentir…

Le point fort de la novella réside dans ses nombreux personnages. En plus d’Henri et Carrie, vont se greffer au récit d’autres personnes âgées (représentant chacune plus ou moins un archétype du « vieux »), un neurologue ou même un duo de flics. Si le format ne permet pas non plus de développer en profondeur chacun d’eux, ils gagnent petit à petit en consistance et on se prend rapidement d’affection pour la plupart. Lire la suite

Entre tacos et vodka

Sumerki de Dmitry Glukhovsky, l’Atalante

Un autre bon bouquin de Dmitry Glukhovsky !

J’avais aimé Metro 2033, écrit par Dmitry Glukhovsky alors qu’il n’avait que 23 ans, qui nous plongeait dans un Moscou post-apocalyptique où les survivants s’étaient terrés dans le métro. L’ambiance était prenante, l’environnement original, la carte du métro géniale, mais le livre n’était pas exempt de défauts. Une trame bien trop linéaire – de station en station, de rencontre en rencontre – des seconds couteaux fades et une philosophie un poil trop simpliste. On sentait que l’auteur était jeune, qu’il avait le talent et l’imagination, mais que ça manquait quelque peu de maturité. Metro 2034 est écrit dans la foulée (pas lu) et voilà que Dmitry nous présente son troisième ouvrage : Sumerki.

Premier constat : on reste à Moscou, et ça fait drôlement plaisir. Second constat : ça n’a rien à voir avec Metro. Si la démesure de la capitale russe est à nouveau au rendez-vous comme cadre, pas de catastrophe nucléaire ici et le narrateur vit donc paisiblement à la surface, à notre époque. Lire la suite

Orr nie car… ?

Ça fait des années que ce bouquin traîne sur mes étagères, la vieille édition de chez Denoël achetée à une braderie, et ça fait autant d’années que j’entends parler de Iain Banks, de cet écossais qui a écrit Le Cycle de la Culture, et plein d’autres choses, et que ça vaut plus qu’un simple coup d’œil. Alors quand je me suis retrouvé il y a quelques jours sans bouquin entre les mains à 1h du mat’, je l’ai ouvert et je me suis dit que c’était le moment. Et j’ai bien fait. Si vous aimez Dick, Priest ou Ballard, si vous aimez cette SF qui a émergé après la période « vers l’infini et au-delà » qui se recentre sur l’humain, sur notre perception de la réalité, qui s’enfonce dans l’inconscient, alors vous aimerez ENtreFER de Banks (The Bridge en VO, belle réussite que ce titre français).

Le premier chapitre est troublant. Le récit s’ouvre sur un accident de voiture venant de se produire à hauteur d’un pont, accident dans lequel le narrateur est impliqué, coincé au sein de la tôle froissée. Mais nous abandonnons rapidement le blessé pour changer de niveau et découvrir John Orr (équivalent du John Doe anglais, son nom fait écho au George Orr d’Ursula Le Guin dans l‘Autre Côté du rêve). Ce dernier est coincé dans une ville construite sur un pont – un pont qui n’a ni début ni fin et dont personne ne sait où il mène ni d’où il vient. Il s’y est échoué, rejeté par la mer, inconscient. Pris en charge par le Dr Joyce et bien incapable d’expliquer son mal, John Orr croise la route de personnages singuliers, et notamment d’Aberlaine Arrol, une femme dont les bas de nylon lui rappelle la structure impressionnante du pont. Lire la suite