Le char de nuages. Érémitisme et randonnées célestes chez Wu Yun

À propos de l’ouvrage Le char de nuages. Érémitisme et randonnées célestes chez Wu Yun, taoïste du VIIIe siècle d’Olivier Boutonnet, paru aux éditions Belles Lettres.

Nos traces effacées, oublions la nasse

C’est avec profit et non sans plaisir que l’on pourra lire cette très belle étude sur Wu Yun, un lettré, poète et sage taoïste qui vécut en Chine au VIIIème siècle sous la dynastie des Tang pendant la période trouble de la révolte d’An Lushan.

Olivier Boutonnet nous présente son parcours qu’il rattache à l’histoire de la Chine et au développement du taoïsme. Il analyse aussi plus spécifiquement la place et la nature de l’érémitisme et de la randonnée céleste dans ses écrits, rattachant tous deux à leur contexte historique et intellectuel. Et nous voici bien dépaysés. L’érémitisme ici n’est plus simplement religieux, mystique et d’une certaine façon hors de la politique et de la société. Bien au contraire, c’est peut-être bien d’abord en Chine un acte civique, lettré et circonstanciel, qui par la suite revêt des significations et des pratiques multiples : bien sûr religieuses dans le cadre du développement du taoïsme et de ses différentes écoles, mais aussi existentielles et sotériologiques. Et Wu Yun, dans ses écrits, recueille et déploie cette pluralité de sens et de pratiques du retrait lequel devient le préalable à un singulier voyage dans le ciel. Et comme pour l’érémitisme, Olivier Boutonnet nous partage la provenance et le développement de ce genre littéraire qu’est la randonnée céleste parmi les immortels. Mais il montre que chez Wu Yun, et dans le taoïsme qu’il pratique, cette poésie excède l’exercice de style et devient bien plutôt une forme d’exercice spirituel où le poète voit et visualise ce qu’il dit et d’une certaine façon chemine dans le ciel à la suite des immortels, sa poésie devenant ainsi une manière de char de nuage conduisant à sa suite et à sa lecture parmi les célestes.

C’est tout à fait étonnant, mais aussi assez merveilleux. Et il faut saluer en plus des lumineux développements qui rendent accessibles l’époque et le cheminement de Wu Yun, le travail de traduction d’Olivier Boutonnet. Ces textes sont, en effet, magnifiques et rendent tout à fait sympathique son auteur, que Wu Yun célèbre le retrait : « J’affectionne le troglodyte qui niche en forêt, / Lui à qui une simple branche est de trop. / Cédant au plaisir de ma nature intime, / Je bâtis sur la montagne une cahute. / Qu’il m’est bon de séjourner en ce lieu paisible, / Tertre sacré de mes errances lointaines. »; qu’il évoque sa nostalgie de la manière de vivre des premiers hommes : « Nostalgique du temps où l’on vivait dans les nids, / L’émotion baigne mes yeux de larmes »; ou bien qu’il relate, de façon visionnaire et extraordinaire , son voyage dans les nuages : « Bientôt sur mon attelage de nuages et de soleil, / J’effacerai mon empreinte et m’envolerai dans les cieux. » Et nous aussi nous souhaitons aller dans la montagne boire les breuvages de lumière d’or et de cinabre et nous envoler là-haut, tout là-haut parmi les merveilleux nuages. Un grand merci donc à Olivier Boutonnet de nous avoir permis de faire la connaissance d’un tel shifu.

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