Crus ou cuits ? Cuisine et usages du feu.

CRUS OU CUITS ? Cuisine et usages du feu

Marcel Mauss a mis en exergue l’importance de la cuisine et de la préparation des repas comme lien social dans toute société ; cette affirmation vaut aussi pour les premières d’entre-elles, dès la préhistoire. En effet, Claude Lévi-Strauss affirme que « l’Homme culturel » (et par extension, « moderne ») naît avec la cuisson des aliments ; la consommation de produits crus le ramenant à un état «naturel» avilissant.

 

Mythologiques tome 1. Le cru et le cuit, de Claude Lévi-Strauss, éditions Plon

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FAUTEUIL N°12

Essais, chroniques, récits, fictions… Ombres Blanches a toujours eu à cœur de suivre le travail de création de Chantal Thomas.

Spécialiste du XVIIIe siècle, de Casanova et de Sade, elle est également l’auteure de récits plus personnels, comme La vie réelle des petites filles et East Village blues, et de romans, comme Les adieux à la reine, qui lui a valu le Prix Femina 2002 et a été adapté au cinéma par Benoît Jacquot, ou encore L’Échange des princesses, lui aussi adapté au cinéma (par Marc Dugain).

Chantal Thomas par Hermance Triay

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Sur le grand chemin…

Julien Gracq, Nœuds de vie, éditions Corti 2021.

 

Sur le grand chemin…

Le dernier volume paru du vivant de Gracq fut les Carnets du grand chemin (si l’on met à part Les entretiens). Venant faire suite aux deux volumes de Lettrines (volume 1, 1967 et  volume 2, 1974) et au recueil plus empreint de critique sur la littérature En lisant, en écrivant (1980), tous ces livres proviennent en réalité de la même source.

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HISTOIRES DE LA NUIT : DOSSIER

Jeudi 10 septembre 2020, la librairie Ombres Blanches recevait l’écrivain Laurent Mauvignier pour une rencontre autour de la parution de son nouvel ouvrage Histoires de la nuit aux éditions de Minuit.

 

Point de vue du libraire, biographie de l’auteur, sélection d’ouvrages et podcast : découvrez notre dossier Histoires de la nuit.

 

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Les Lamelles d’or orphiques

Les Lamelles d’or orphiques. Instructions pour le voyage d’outre-tombe des initiés grecs de Giovanni Pugliese Carratelli, éditions les Belles Lettres. Traduit par Alain Philippe Segonds et Concetta Luna.

Un ouvrage découvrir dans le rayon Histoire, et sur notre librairie en ligne, en un clic 🖱 → https://is.gd/SnOMWJ

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De livres en films…

De livres en films…

De nombreux livres passent à l’écran. Je vous propose une note de lecture particulière pour que vous puissiez avoir un avant-goût du livre en regardant son adaptation ou bien pour que vous puissiez lire ou relire ce livre qui traîne dans votre bibliothèque avant de voir son adaptation en film…Ou bien si vous êtes chanceux et avez les deux chez vous : lisez et regardez (et hop, deux après-midis occupées au lieu d’une seule !) Voici l’un de mes coups de cœurs !

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Neuves lectures antiques

Un livre ne vient jamais seul. Il en convoque aussi d’autres et nos lectures souvent se répondent et correspondent, se reliant entre elles en une cohérence étrange. Ainsi, deux livres à la démarche tout à fait différente voire opposée se rejoignent : La philosophie antique de Pierre Vesperini et Le Phédon, Philosopher en présence de la mort de Benny Lévy, issu d’un de ses cours sur le dialogue de Platon.

Dans son ouvrage, Pierre Vesperini étudie en historien la manière dont les anciens comprenaient la pratique ou plutôt les différentes pratiques de la philosophie. Par là, il dresse des portraits des philosophes grecs et latins assez éloignés de ceux auxquels nos manuels nous ont habitués. La philosophie antique apparaît ainsi sous un nouveau jour. Elle n’est plus le prodrome au déploiement de la raison occidentale, ni la phase préparatoire de notre modernité. Elle devient plus étrange, plus large, plus riche, plus diverse. À bien des égards, la philosophie antique dans ses différentes réalisations et sous divers aspects est une fête : célébration religieuse, performance, banquet des savoirs, jeu, délassement. Pierre Vesperini nous permet de porter un regard déshabitué sur un héritage que nous pensions acquis et familier, nous invitant ainsi à envisager autrement notre pratique des savoirs et peut-être aussi, plus généralement, nous-mêmes.

Raphaël, détail de la peinture L’école d’Athènes, avec Platon à gauche et Aristote à droite.

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L’autre roman victorien

Thomas Hardy, les sœurs Brontë, William Thackeray, George Eliot ou encore Charles Dickens ne sont qu’une des facettes de la littérature britannique de l’époque victorienne. Celle du naturalisme qui suit l’époque romantique, celle d’un roman social et psychologique. Un roman de « cottage » dans des campagnes verdoyantes et de salons tout a fait « cosy », un roman dans lequel les drames se nouent et de dénouent à l’heure du « five o’clock tea ».
Mais à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe, L’Angleterre va voir s’épanouir une autre manière de faire du roman. Des histoires portées par un souffle aventureux, les livres ouverts sur l’immensité du territoire britannique : le Commonwealth, mais aussi des livres qui se veulent le reflet de l’industrialisation du pays.

Portrait of Henry James, huile sur toile de John Singer Sargent (1913)

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Le Génie d’Oc

En 1940, lorsqu’elle se met à étudier ce qu’elle appellera la civilisation occitanienne ou romane, Simone Weil « prend feu », selon les mots de Jean Ballard qui lui propose de participer à un numéro spécial des Cahiers du Sud, la mémorable revue qu’il dirigeait, intitulé Le Génie d’Oc et l’homme méditerranéen. Les deux textes proposés ici, signés sous le pseudonyme anagrammatique Émile Novis du fait de la consonance juive de son patronyme, témoignent de la contribution de la philosophe et portent la marque de cette incandescence. Dans « L’agonie d’une civilisation à travers un poème épique », Simone Weil, à partir de La chanson de la croisade contre les Albigeois, dresse le portrait de cette prometteuse civilisation dont Toulouse était le cœur et qui, telle une autre Troie, a été brutalement et irrémédiablement abattue au XIIIème siècle. Selon le poète anonyme partisan du camp occitan qui a rédigé la deuxième partie de la chanson et qu’étudie plus particulièrement Simone Weil, les valeurs que défendent les gens d’Oc sont « parage », « merci », « prix » et « joie ». Dans notre langue, « parage » signifie la lignée nobiliaire. Pour le poète de Toulouse, ce mot désigne l’égalité de naissance ou l’égal égard, la dignité partagée par les membres de la cité : les chevaliers, les bourgeois et la communauté. Tous défendent la bonne ville : « Le comte ne fait rien sans consulter toute la cité, « li cavalier el borgez e la cuminaltatz », et il ne lui donne pas d’ordres, il lui demande son appui ; cet appui tous l’accordent, artisans, marchands, chevaliers, avec le même dévouement joyeux et complet. »

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Grandeurs sceptiques

La parution aux éditions Agone de la dernière version du bel ouvrage de Richard Popkin, Histoire du scepticisme, qui va de la Renaissance à la toute fin du XVIIIe siècle, donne l’opportunité de se pencher sur ce courant philosophique que l’on pourrait croire, à tort, marginal ou secondaire dans l’histoire de la pensée. Popkin montre, en effet, qu’avec la résurgence, à la Renaissance, des textes de Sextus Empiricus, c’est toute l’époque moderne qui se trouve travaillée par les arguments sceptiques : depuis la question de l’autorité dans l’Église au moment de la Réforme jusqu’à la théorie de la connaissance et la recherche d’un critère de vérité certain pour fonder la science.

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