HISTOIRES DE LA NUIT : DOSSIER

Jeudi 10 septembre 2020, la librairie Ombres Blanches recevait l’écrivain Laurent Mauvignier pour une rencontre autour de la parution de son nouvel ouvrage Histoires de la nuit aux éditions de Minuit.

 

Point de vue du libraire, biographie de l’auteur, sélection d’ouvrages et podcast : découvrez notre dossier Histoires de la nuit.

 

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Les Lamelles d’or orphiques

Les Lamelles d’or orphiques. Instructions pour le voyage d’outre-tombe des initiés grecs de Giovanni Pugliese Carratelli, éditions les Belles Lettres. Traduit par Alain Philippe Segonds et Concetta Luna.

Un ouvrage découvrir dans le rayon Histoire, et sur notre librairie en ligne, en un clic 🖱 → https://is.gd/SnOMWJ

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De livres en films…

De livres en films…

De nombreux livres passent à l’écran. Je vous propose une note de lecture particulière pour que vous puissiez avoir un avant-goût du livre en regardant son adaptation ou bien pour que vous puissiez lire ou relire ce livre qui traîne dans votre bibliothèque avant de voir son adaptation en film…Ou bien si vous êtes chanceux et avez les deux chez vous : lisez et regardez (et hop, deux après-midis occupées au lieu d’une seule !) Voici l’un de mes coups de cœurs !

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Neuves lectures antiques

Un livre ne vient jamais seul. Il en convoque aussi d’autres et nos lectures souvent se répondent et correspondent, se reliant entre elles en une cohérence étrange. Ainsi, deux livres à la démarche tout à fait différente voire opposée se rejoignent : La philosophie antique de Pierre Vesperini et Le Phédon, Philosopher en présence de la mort de Benny Lévy, issu d’un de ses cours sur le dialogue de Platon.

Dans son ouvrage, Pierre Vesperini étudie en historien la manière dont les anciens comprenaient la pratique ou plutôt les différentes pratiques de la philosophie. Par là, il dresse des portraits des philosophes grecs et latins assez éloignés de ceux auxquels nos manuels nous ont habitués. La philosophie antique apparaît ainsi sous un nouveau jour. Elle n’est plus le prodrome au déploiement de la raison occidentale, ni la phase préparatoire de notre modernité. Elle devient plus étrange, plus large, plus riche, plus diverse. À bien des égards, la philosophie antique dans ses différentes réalisations et sous divers aspects est une fête : célébration religieuse, performance, banquet des savoirs, jeu, délassement. Pierre Vesperini nous permet de porter un regard déshabitué sur un héritage que nous pensions acquis et familier, nous invitant ainsi à envisager autrement notre pratique des savoirs et peut-être aussi, plus généralement, nous-mêmes.

Raphaël, détail de la peinture L’école d’Athènes, avec Platon à gauche et Aristote à droite.

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L’autre roman victorien

Thomas Hardy, les sœurs Brontë, William Thackeray, George Eliot ou encore Charles Dickens ne sont qu’une des facettes de la littérature britannique de l’époque victorienne. Celle du naturalisme qui suit l’époque romantique, celle d’un roman social et psychologique. Un roman de « cottage » dans des campagnes verdoyantes et de salons tout a fait « cosy », un roman dans lequel les drames se nouent et de dénouent à l’heure du « five o’clock tea ».
Mais à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe, L’Angleterre va voir s’épanouir une autre manière de faire du roman. Des histoires portées par un souffle aventureux, les livres ouverts sur l’immensité du territoire britannique : le Commonwealth, mais aussi des livres qui se veulent le reflet de l’industrialisation du pays.

Portrait of Henry James, huile sur toile de John Singer Sargent (1913)

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Le Génie d’Oc

En 1940, lorsqu’elle se met à étudier ce qu’elle appellera la civilisation occitanienne ou romane, Simone Weil « prend feu », selon les mots de Jean Ballard qui lui propose de participer à un numéro spécial des Cahiers du Sud, la mémorable revue qu’il dirigeait, intitulé Le Génie d’Oc et l’homme méditerranéen. Les deux textes proposés ici, signés sous le pseudonyme anagrammatique Émile Novis du fait de la consonance juive de son patronyme, témoignent de la contribution de la philosophe et portent la marque de cette incandescence. Dans « L’agonie d’une civilisation à travers un poème épique », Simone Weil, à partir de La chanson de la croisade contre les Albigeois, dresse le portrait de cette prometteuse civilisation dont Toulouse était le cœur et qui, telle une autre Troie, a été brutalement et irrémédiablement abattue au XIIIème siècle. Selon le poète anonyme partisan du camp occitan qui a rédigé la deuxième partie de la chanson et qu’étudie plus particulièrement Simone Weil, les valeurs que défendent les gens d’Oc sont « parage », « merci », « prix » et « joie ». Dans notre langue, « parage » signifie la lignée nobiliaire. Pour le poète de Toulouse, ce mot désigne l’égalité de naissance ou l’égal égard, la dignité partagée par les membres de la cité : les chevaliers, les bourgeois et la communauté. Tous défendent la bonne ville : « Le comte ne fait rien sans consulter toute la cité, « li cavalier el borgez e la cuminaltatz », et il ne lui donne pas d’ordres, il lui demande son appui ; cet appui tous l’accordent, artisans, marchands, chevaliers, avec le même dévouement joyeux et complet. »

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Grandeurs sceptiques

La parution aux éditions Agone de la dernière version du bel ouvrage de Richard Popkin, Histoire du scepticisme, qui va de la Renaissance à la toute fin du XVIIIe siècle, donne l’opportunité de se pencher sur ce courant philosophique que l’on pourrait croire, à tort, marginal ou secondaire dans l’histoire de la pensée. Popkin montre, en effet, qu’avec la résurgence, à la Renaissance, des textes de Sextus Empiricus, c’est toute l’époque moderne qui se trouve travaillée par les arguments sceptiques : depuis la question de l’autorité dans l’Église au moment de la Réforme jusqu’à la théorie de la connaissance et la recherche d’un critère de vérité certain pour fonder la science.

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La vie des plantes

Avant Jérusalem, avant La ligue des gentlemen extraordinairesLes filles perduesPrometheaV pour vendettaFrom Hell ou The WatchmenAlan Moore a déployé son fabuleux talent de conteur en reprenant le comics Swamp thing, créé par Len Wein et Berni Wrightson. Alors que les épisodes initiaux suivaient les aventures et la quête d’humanité du docteur Alec Holland, transformé en créature du marais suite à l’explosion criminelle de son laboratoire dans un bayou de Louisiane, Alan Moore dynamite et retourne très vite l’intrigue de manière assez folle. La créature du marais n’est pas Alec Holland, c’est, en réalité, un être végétal né de l’explosion chimique et devenu le support de la conscience du scientifique, qui lui est bien mort. La créature du marais devra donc faire le deuil de cette humanité rêvée et accueillir et devenir cette vie et cette forme d’incarnation des plantes qui la rattache à la nature entière.

Sa mission super-héroïque s’en trouvera ainsi considérablement élargie : il ne s’agit plus seulement de recouvrer sa propre identité, ni même de sauver l’humanité, il faudra désormais tâcher de préserver aussi ce monde végétal et la vie elle-même qui irrigue chaque être vivant. Et si l’atmosphère est toujours bien celle d’un comics horrifique, avec son bayou poisseux, les insectes qui grouillent, les cadavres en décomposition, les morts-vivants, si la folie guette et que la terreur attend, tapie, cette nouvelle dimension cosmique du héros, qui est donc aussi un monstre, lui confère quelque chose de solaire qui donne au marais lui-même des allures de paradis. Ce que rend parfaitement le dessin de Stephen Bissette : la créature du marais est un beau monstre dont la parure et les couleurs changent au fil des saisons.

Singulier retournement qui voit ce marais, source de peur et de mort, un enfer à fuir, devenir source de vie à protéger et d’une certaine façon même foyer. Et la descente aux enfers qu’effectuera la créature du marais, qui la rapproche d’Ulysse, Orphée ou Dante, montrera que l’enfer, davantage qu’un coin de nature, même poisseux, est ce que l’homme imagine. Changeant ainsi sens et images, osant par ailleurs, comme il le fera dans nombre de ses oeuvres ultérieures, varier les styles, les tons et les registres, en une architecture sophistiquée, Alan Moore prouve déjà qu’il est un immense magicien. Le deuxième tome de cette édition intégrale qui en comptera trois est à paraître prochainement.

 

Alan Moore en dédicace (2006). Licence CC by SA.

L’Arbre d’or de John Vaillant

« N’ayons pas peur des mots ».  Cette phrase nous faisait bien rire, mes camarades et moi à l’époque du lycée, lorsque notre professeur d’Histoire la répétait chaque semaine. Je la reprends aujourd’hui à mon compte pour vous parler du livre  L’arbre d’or  de  John Vaillant. Et, donc, je n’ai pas peur de dire que ce récit est un chef-d’œuvre.  En tout cas un de ceux que j’apprécie de découvrir et de partager.

Bien avant (cinq années en fait) l’écriture et la parution du Tigre (édition originale en 2010), John Vaillant tenait du bout des doigts un sujet passionnant. Lire la suite

Une odyssée du pain

Une Odyssée du pain, par Amaury

 

Le pain. Tentons ici une définition succincte pour quelque chose de si protéiforme :

« Aliment de base dont l’histoire se confond avec celle de l’Homme consommé de manière quotidienne par une grande part d’entre-nous ».


La domestication des céréales au néolithique (entre 12 000 et 6 000 avant J.-C.) a sans conteste joué un rôle prépondérant dans le développement de l’humanité ; l’écrasement des grains en étant l’acte fondateur (à l’aide d’une pierre ou d’une meule), tout comme les tentatives de fermentation dans le monde méditerranéen (les Égyptiens mélangeaient le grain écrasé à de l’eau tirée du Nil, riche en limons et agents de fermentation pour fabriquer leurs pains).

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