Ben Lerner, 10 : 04, Éditions de l’Olivier

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Ce roman, 10:04, ne serait qu’une fiction si l’auteur, Ben Lerner, ne ressemblait pas de très prés à son personnage. Ce livre met en scène un certain Ben, vivant à Brooklyn, qui a écrit un premier roman remarqué et qui s’inquiète de l’écriture du second. Précisons tout de suite que ce roman trouve son origine dans une nouvelle que notre personnage-narrateur a publié dans le New Yorker. De l’autofiction (l’auteur absorbé par son roman) à un roman purement fictif (à priori cette nouvelle est une fiction), Ben Lerner mène un jeu serré entre écriture du réel et illusion romanesque. Le narrateur nous raconte de multiples histoires mais derrière ces aventures se cache l’interrogation, et même l’angoisse, de l’écrivain contemporain d’appréhender le réel avec un regard neuf. En effet, la progression de ce roman se détourne et se fractionne en récits successifs, réels ou fictifs en faisant référence (surtout dans les 30 premières pages) au film Retour vers le futur (10:04 est l’heure à laquelle la foudre frappe l’horloge du tribunal qui permet à Marty de rentrer en 1985).

Ainsi, le narrateur interroge ces tunnels d’espace et de temps pour sonder les mécanismes de la fiction, ces contours et ces limites, quand on vit comme lui (et comme nous) dans une époque où le réel déborde de choses incroyables.

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Je sais bien que l’humour est un état d’esprit assez indéfinissable. Néanmoins, je trouve que ce livre a beaucoup d’esprit et beaucoup d’humour. Nous avons dit que le narrateur ressemblait beaucoup à l’auteur, ce qui revient à dire, que Ben Lerner devient le narrateur de sa propre histoire et cela donne (je trouve) une dimension comique et dramatique savoureuse. Le personnage est toujours sous tension, toujours entrain de se débattre dans des contradictions qui ne trouvent pas de résolutions. D’abord, il y à ce roman qui reste à écrire, puis sa meilleure amie aimerait un enfant de lui mais sans relation sexuelle, puis on lui pose un diagnostic d’une maladie potentiellement très grave et dans le même temps, des tempêtes s’abattent à répétition sur Manhattan… Sans oublier que notre « héros » a mal aux dents et semble complètement dépassé par tout ce qui lui arrive. Notre personnage est en pleine crise de création littéraire et en pleine crise tout court.

Et puis, et peut être surtout, il y à la poétique de la ville. Ben Lerner écrit très bien. Il parvient à accorder la ville de Brooklyn et de Manhattan au portrait intime de ces personnages. Notre personnage est plein de culpabilité, il se sent écrasé par une société qui brouille ces aspirations authentiques, alors parfois, quand il se perd, il y a ces phrases très belles qui montre la ville comme le lieu et comme le reflet de l’introspection du héros.

10:04 est un très beau livre, vif, drôle, nostalgique, intelligent, un très beau livre que je vous recommande vivement.

A retrouver ici :

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