Exposition Trust – Mickael Zermati

Mis en avant

Photographies de Mickael Zermati Au café coté cour du 9 juillet au 17 septembre 2016 – devernissage le samedi 10 juillet à 17h30

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À la rencontre de la petite et de la grande Histoire, l’Arménie est une terre vivante et énigmatique. Auréolée d’une histoire plusieurs fois millénaire, ses vieux monastères, nimbés de mystère, ressemblent à des géants assoupis, éternels gardiens du temps et de la mémoire face aux bouleversements innombrables des siècles passés. Lire la suite

Lettre ouverte à Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier / Continuer / Éditions de Minuit

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Cher Laurent,

A fréquenter depuis bientôt quarante ans les écrivains, je perçois l’inquiétude qui est la leur des premières lecteurs, puis de l’accueil des « critiques », des libraires, et enfin du public. Dans ce monde englué dans la communication, pas de règles, hormis celle qui consiste à surprendre, à accélérer, à faire fi des fidélités, ce qu’on appelle oubli sans doute. Tout le contraire de ce que vous, comme d’autres écrivains, nous donnez à méditer, la dimension de plusieurs temps produits dans les heures auxquelles nous attache la lecture d’un roman : temps de la narration, temps de l’action, temps des personnages, temps historique, temps géographique, temps géologique même (c’est le cas dans Continuer). Je prends ici le risque d’un autre temps et d’une autre matière, ce que la mémoire de votre livre a déposé comme souvenirs, comme traces, images, pensées, émotions.

Voici en effet déjà trois mois que j’ai lu le roman que vous avez terminé d’écrire, non loin de nous à Toulouse, l’hiver dernier, et que les Éditions de Minuit ont composé (au printemps) avec soin pour cette rentrée littéraire de fin d’été. Je l’ai laissé dans la bibliothèque, loin d’ici. Je vais à la rencontre de ses personnages, enfouis dans je ne sais quel recoin de la mémoire. Comment viennent les souvenirs d’une lecture, lorsqu’on les sollicite, et comment échapper à cette douce confusion, étape préparatoire à l’apparition des images. Un vrai laboratoire que cette boîte d’où surgissent les souvenirs. Mais avant le travail du révélateur, il y a la lumière qui imprime la pellicule. Dans Continuer, d’où vient la lumière ?

Comme dans tous vos livres, peu de personnages principaux. S’attacher aux liens. Ici le premier des liens, originel, la mère-le fils. Je dois avouer que je n’ai pas de tendresse particulière pour le second. Je vous l’avais écrit après ma lecture, et une conversation avec une lectrice attentive du roman m’a éclairé sur ma résistance à acquérir de l’empathie pour Samuel. Passons. Les romans ne sont pas des générateurs d’empathie, ils fabriquent des émotions très différentes pour chacun d’entre nous. De l’empathie, la mère, Sibylle, nous en délivre d’ailleurs beaucoup, trop parfois, jusqu’à une certaine exaspération. On ignore de quoi elle nourrit l’énergie qu’elle dispense, de quelle faute ou de quelle douleur elle tire une sorte de « résilience », mais la certitude est qu’elle donne tout son amour. J’ai bien en tête cette femme écorchée, médecin des cas critiques, aux urgences comme dans l’urgence, mère, amante volontairement délaissée, amazone, un personnage de tragédie. Médée sans doute, qui sauve son enfant plutôt que de le tuer. Le père n’a rien de Jason, son souvenir est trouble. Il porte le péché et la lâcheté avec un certain courage, une certaine abnégation. Je distingue moins son visage, quelques semaines après ma lecture, mais sans doute donne t-il lui aussi tout son amour. Comment, après autant de dévouement des siens, l’enfant (le plus qu’adolescent plutôt), pourrait-il échapper à la réconciliation avec lui-même ? Je me souviens que je vous avais, à propos de ce livre, parlé de rédemption. Il ne faudrait pas toujours laisser le mot à son origine religieuse. D’autant que les personnages que vous nous donnez à lire, à imaginer là, tout proche, cherchent un « salut », et à retrouver une certaine liberté. Sans dieu, avec, cela est sans importance. Trouver, dans la douleur, dans le travail, dans la peine, la fatigue, c’est bien cela l’objet de cet arrachement auquel la mère soumet le fils, dans une acceptation plutôt contrainte. Il ne sait pas, c’est elle qui pense savoir, qui a l’intuition de la « cause commune ».

La mère, le père, le fils, une trinité simple qui ne veut pas s’éparpiller. Il faut pourtant quelques personnages « secondaires », ceux d’à côté. Ceux qu’il est impossible d’ignorer, ce voyage n’est pas autour du monde, mais il aimerait pouvoir susciter la rencontre des autres. Ici, je me souviens que le « gosse » n’est pas naïf, grincheux certes, mais aussi rétif aux artifices. Et qu’il prendra plus tard le temps de jouir de ce qui lui est donné, de gagner l’innocence des jeux partagés. Il serait trop simple que le monde autour ne fasse pas savoir qu’il existe. Il y donc des hommes, pas toujours bien intentionnés, mais bien réels, dans leur histoire : bandits, villageois, montagnards, touristes, amants d’un soir. Et il y a des animaux. C’est une des forces du livre, cette puissance des chevaux. Une puissance qui ne vient pas à bout des forces de la montagne. Forces telluriques, présence inouïe des matières, roches, terre, herbe, marécages, boue, eau, glace. Je vous avais un soir lu deux pages de Ramuz faisant le récit d’une montée au glacier, deux pages sublimes où se déploie toute l’énergie de la littérature. Vous savez relever des défis, vous mettre en apesanteur, nous donner le vertige. Dans Continuer, le titre prend toute son ampleur dans la trentaine de pages que vous consacrez au combat de la femme et du fils qu’elle y soumet, des chevaux, contre le sommet de la montagne. Il y a de la violence et du lyrisme dans ces pages, comme dans toute la partie kirghize du roman. La nature est propre à déchaîner ces tropismes lyriques, encore faut-il savoir les contenir, encore faut-il savoir les attacher à un projet. Vous maintenez le vôtre, avec détermination, c’est aussi ce qui me reste de la lecture du mois de mai. Comme, au bout du compte, de celle de nombre de vos livres. Je me souviens ici d’un livre de la ville, et de la peur. Dans la foule. Et, même si la campagne anglaise est loin des république d’Asie centrale, je ne peux m’empêcher d’évoquer ici le si beau titre de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée, l’aventure d’une mère er de son fils, tout leur amour.

Il me reste à vous remercier d’avoir laissé, avec Continuer , autant de sédiments, d’images, de mots, de couleurs (beaucoup de noir et blanc aussi), d’émotions. Dans continuer, il y a maintenir, persister, conserver. C’est une promesse.

Je dois apprendre à finir. Voilà. C’est fait.

Amicalement.

Christian

PS Merci aussi pour les emprunts à vos livres. Vous aurez reconnu plusieurs de vos titres dans les mots en italiques…

Retrouvez les livres de la rentrée littéraire 2016 et les conseils des libraires ici

CVT_Continuer_4276Nous vous recommandons aussi l’article de Télérama

Christine Montalbetti / La vie est faite de ces toutes petites choses / Éditions POL

Il me semble difficile d’écrire quelque chose sur le dernier livre de Christine Montalbetti car sa composition est si légère et son écriture si fluide qu’elle s’immisce dans tout les aspects des choses et des corps. Oui, il est difficile d’écrire sur ce roman sans prendre le risque de l’alourdir. Il faudra donc faire attention à respecter son univers, scientifique et humain, cet univers où la légèreté s’exprime dans la mobilité, dans la précision technologique et dans son environnement naturel, le centre spatial Kennedy et sa base de lancement de Cap Cannaveral! Cependant, cette sensation de légèreté que l’on ressent en lisant ce roman ne devrait pas le faire apparaître seulement comme une sorte de douce rêverie poétique.

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Jean-Paul Dubois / La Succession / Éditions de l’Olivier

Parmi les lieux qui semblent difficiles à prendre au sérieux, Miami se taille une belle part. Les images du rêve américain des années des deux après-guerres cachent difficilement une histoire du sud. Ici, l’esclavage et les guerres indiennes autour du Mississippi ont fait la place, depuis un siècle, aux bateaux de plaisance, aux maillots deux-pièces et autres accessoires, aux palaces et autres voitures de luxe, casinos, mafia et huile de bronzage. Ces fantaisies qui fascinent ou exaspèrent les vieux habitants de l’Europe, Jean-Paul Dubois les connaît bien, il en a rendu compte dans ses chroniques sur l’Amérique, avec un regard interrogatif, parfois médusé, souvent amusé toujours amical.   

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Céline Minard : Le grand jeu

Nous étions restés sur le souvenir de ce roman au titre rugueux, Faillir être flingué, publié en 2013 (et légitime Prix du Livre Inter en 2014), un souvenir fait de lumière, de poussière et de poudre, de personnages « improbables » de western, dans une ville impossible, une utopie de mineurs et de pionniers, propulsée dans une nature désertique hostile, portée à blanc par un soleil obsédant. Le dessin des traces, roues, pieds, sabots, faisait au récit une place inaugurale, abstraite, labyrinthique.

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Cabinet de curiosités 14 (animales) : Le lapin des mers

Et encore une jolie curiosité….

Après le mouton des mers , voici le Jorunna Parva qui ressemble à un lapin sous-marin.

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Bien entendu cette limace des mers , de la famille des nudibranches, n’a de lien avec les lapins qu’en apparence. Ses petites oreilles noires sont en réalité des rinophores, des sortes d’antennes qui lui permettent non d’entendre mais plutôt de sentir les différentes particules dans l’eau.

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Image provenant de ce site

Les nudibranches possèdent des branchies pour respirer dans l’eau. Ces dernières dépassent de leurs corps d’où leur nom, qui signifie « branchies nues ». Ces limaces des mers mangent des algues et des micro-organismes toxiques mais ont surtout la particularité de stocker le poison à l’intérieur de leurs corps pour devenir elles-mêmes toxiques. Elles se protègent ainsi de leurs prédateurs! Elles utilisent également des couleurs qui attirent l’œil afin de prévenir leurs éventuels agresseurs qu’elles ne se sont pas comestibles.

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100 et une limaces de mer aux éditions GAP

A suivre….

Cabinet de curiosités artistiques N°13

Cabinet de curiosités / artistiques 13 : Ra Paulette – Nouveau-Mexique

Direction le Nouveau-Mexique à la découverte de l’artiste Ra Paulette.

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 À la fois sculpteur et architecte, il se désigne pourtant, lui-même, plus comme un archéologue. Vous allez comprendre pourquoi.

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PRÉSENCE AU MONDE

melancolieLa présence au monde

« Le monde est d’abord une extension indéfinie de soi, le soi, le sujet, un pli indistinct dans le monde. » Pierre Bergounioux

Sous le titre un peu pompeux de : la présence au monde, cette sélection voudrait mettre en avant ces écrivains qui depuis toujours tentent de retranscrire avec des mots la course folle de l’homme dans le tumulte du monde.

C’est aussi une façon de s’arrêter sur ces moments de littérature auto-reflexive, c’est à dire qui s’interroge sur la place de l’homme sans le monde.


 
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Ariel
Sylvia Plath, Gallimard, 2011

Secs, sans cavalier, les mots Et leur galop infatigable Quand Depuis le fond de l’étang, les étoiles Régissent une vie.

« Ariel, génie de l’air de La Tempête, de Shakespeare, est aussi le nom du cheval blanc que montait à l’aube dans le Devon, en Angleterre, l’un des plus extraordinaires poètes du XXe siècle, Sylvia Plath, aux derniers mois de sa courte vie.
Ariel, borne décisive marquant un « avant » et un « après », parole intense jusqu’à la rage parfois, question de vie ou de mort.
Ariel, jusqu’au bout, l’extrémité du dernier souffle. » Valérie Rouzeau.

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INVENTER DES MONDES

lipperhey-emblemata_1624Le méridien de Greenwich comme l’équateur sont on le sait des lignes imaginaires. L’homme les a conçues par commodité pour l’aider à la cartographie du monde, pour le rendre intelligible.

Peut-être en va t’il ainsi plus souvent qu’on ne le pense : l’homme a besoin d’habiter le monde physique aussi par des portions de territoires imaginaires.

La littérature trouve là une de ses raisons d’être. Une des tâches du romancier est de donner à lire une vision du monde. Mais le monde est multiple et complexe et l’écrivain peut avoir recours à l’imaginaire pour donner corps et réalité à ses visions.

 Bruno Schulz débute sa nouvelle Le traité des mannequins (in les boutiques de cannelle ) par ces phrases que l’on peut tenir pour un bel hommage aux forces vives de la littérature.

« le démiurge n’a pas le monopole de la création. La création est le privilège de tous les esprits. La matière possède une fécondité infinie, une force inépuisable et en même temps une puissance de séduction qui nous pousse à la modeler. Dans les profondeurs de la matière se dessinent des sourires imprécis, de conflits se nouent, des formes ébauchées se condensent. Elle ondoie tout entière des possibilités inachevées qui la traverse de frissons vagues. Dans l’attente d’un souffle vivifiant elle oscille sans fin et nous tente par des millions de courbes molles et douces nées de son délire ténébreux. »

 


laforgueMoralités légendaires
Jules Laforgue, Flammarion, 2000

Les récits de Laforgue ne relèvent d’aucun modèle connu.

Ils relatent avec la plus déconcertante désinvolture le mal d’aimer et le mal être, en entremêlant toutes sortes de références littéraires et culturelles. Ils se jouent des grands mythes et des œuvres célèbres en faisant alterner les jeux de la parodie, les bouffonneries sacrilèges, le récit poétique.

Ici, Hamlet pousse un dernier soupir en s’écriant : « Quel grand artiste meurt avec moi ! » là, Salomé débite des propos délirants à une assistance qui se demande à quelle heure on la couche.

A tout moment, le récit emprunte des voies buissonnières oú l’écriture s’invente dans l’exultation.

 

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LE DÉPAYSEMENT

Depuis ses origines, la littérature se présente en grande partie comme un moment d’exploration de mondes inconnus. Pensons à Ulysse, aux voyages de Gulliver de Swift ou encore à Cervantes ou Stevenson. Tous ces personnages, ces héros qui se retrouvent confrontés au dépaysement, contraint au dépassement de soi sont des guides pour le lecteur. La littérature se nourrit de ces errements, de ces nouvelles routes, de ces éblouissement des rivages neufs, bref de ce grand ailleurs. 

Baudelaire résume très bien ce que l’on est en droit d’attendre d’une telle littérature dans son poème Le voyage :

« Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires

Nous lisons dans vos yeux profonds comme des mers !

Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires

Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !

Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,

Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,

Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons. »

Ces lectures sont autant d’invitations à la découverte de ces paysages du monde… Le roman d’aventure est une des portes ouvrant la voie vers ces mondes inconnus.


 
L'ancêtreL’ancêtre

Juan José Saer, Le Tripode, 2014

L’Ancêtre est un roman inspiré d’une histoire réelle. En 1515, trois navires quittent l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Paraná et Uruguay. À peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Seul un mousse en réchappe. Fait prisonnier, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion du passage d’une autre expédition. De ce fait historique, Juan José Saer tire une fable d’une écriture éblouissante.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Laure Bataillon.

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