La poésie, comme un refuge

À l’occasion de la 23ème édition du Printemps des poètes, qui aura lieu du 13 au 29 mars 2021, retrouvez la sélection des libraires au rayon poésie, et sur notre site en ligne.

C’est sous le signe du désir, cette affinité élective que nous souhaiterions placer ces quelques choix de lectures parmi une actualité de publication abondante et foisonnante.

Au vu de ce qu’il se publie, la poésie en France fait preuve de vitalité, elle est parcourue de nombreuses voix diverses et variées. Cette sélection n’a d’autre visée que de mettre en avant des livres qui nous ont enthousiasmé. Parce que lire de la poésie ce n’est pas se retirer du monde, c’est faire un pas de côté pour mieux le regarder, en percevoir sa profondeur et sa richesse.

Lire de la poésie comme le disait Baudelaire – et peut être plus que jamais – c’est :

Plonger au fond du gouffre, enfer ou Ciel qu’importe,

Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau.

 

La neige couvrira tout, Boris Ryji, Cheyne Éditeur

II est temps de découvrir en France cette étoile filante de la poésie contemporaine russe.

Boris Ryji est né en 1974, il s’est donné la mort seulement 26 ans plus tard en mai 2001.

Il restera à jamais au travers de ses poèmes le témoin des changements brutaux d’une société qui perd tout à coup ses repères. Son œuvre intense et brève parcourt les années 1990. Il est aujourd’hui considéré en Russie comme un voix primordiale et comme un symbole de cette génération perdue, celle qui a vécu l’effondrement du régime soviétique. Il est l’étendard de toute une jeunesse, et ses poèmes qui mettent en scène des moments de la vie quotidienne font se côtoyer le banal et le tragique.

 » En un rien de temps le monde a changé,

Je suis encore le même et ne sais où aller. »

Les poèmes choisis dans ce volume montrent une œuvre fulgurante, Ils disent les années de jeunesse dans une ville qui évolue et change à vue d’œil. Simples en apparence, ils montrent avec une douce mélancolie caractéristique de Boris Ryji  toute la profondeur de l’âme russe.

 

Nous allons perdre deux minutes de soleil, de Frederic Forte, éditions POL

« C’est incroyable tout ce qu’on peut faire entrer dans un poème »

…nous dit Frédéric Forte au détours d’un des chants de son beau livre. Si le recueil est écrit sous contrainte, très vite l’apparente raideur de la forme, sept chants qui chacun contiennent douze alexandrins par page sur sept pages, laisse la place à l’émotion. Elle est au cœur de son recueil, il la laisse affleurer à chaque instant, et ses poèmes nous parlent du temps qui passe, du quotidien et des joies de la vie. C’est une poésie intime et sensible.

 

A, de Louis Zukovsky, aux éditions Nous

Monument de la poésie américaine au même titre que le Patterson de William Carlos William, ou Les poèmes de Maximus de Charles Olson, la totalité des 24 parties de A n’avait jamais été publiée dans un même volume et par les mêmes traducteurs (François Dominique et Serge Gavronsky).

C’est donc une pièce majeure de la poésie objectiviste que nous proposent les éditions Nous.

A entremêle la vie du poète, celle de sa famille autant que les événements qui ont fait le XXe siècle. Ce long poème que Zukovsky a mis presque cinquante ans à écrire est une œuvre totale, un poème-monde.

 

Les paysages avalent presque tout, de Maxime Actis, éditions Flammarion

Pour Maxime Actis, la poésie semble être une question de vibration du réel au travers de la langue. Le recueil se compose de 222 fragments poétiques qui forment un tout, une suite de moments pris dans le flux d’une vie, d’une expérience. C’est un travail du surgissement du réel par le poème.  Simples en apparence ils ne cessent en réalité de questionner la syntaxe en la bousculant. Et c’est de cet écart, de cette pulsation du réel que naît une poésie extrêmement attachante.

Actis montre que sa poésie est une fraternité, une autre manière de côtoyer le monde.

 

Nique, d’Ana Tot, aux éditions Louise Bottu

Ça s’appelle nique, une suite à méca. Le plus souvent, les mots d’Ana Tot s’appellent les uns les autres, avec malice et sans chichi. C’est que de son propre aveu sa poésie est « pauvre , mécanique, prosaïque, enfan-tine et infantile, érotique, grammaticalement sexuelle ». Pour autant rien ici de sec, de compassé, d’étriqué, rien de minimal. Son monde oscille entre fou et foutu, on y rit beaucoup, on y copule volontiers,  on y chante de drôles de comptines, on y joue souvent une espèce de marabout d’ficelle approximatif et jouissif. Car loin de méconnaître les drames de la vie et du désir, Ana Tot choisit de leur opposer la malice et l’ironie, de les réduire en les nommant.

 

Ne pleure pas sur la Grèce, Bruno Doucey, Bruno Doucey éditeur

Ne pleure pas sur la Grèce est un récit/roman qui évoque la figure du poète grec Yannis Ritsos. Nous sommes en 1967, au moment du coup d’état de la junte militaire. Les intellectuels et les opposants politiques sont envoyés sur l’ile de Léros, un camp d’internement particulièrement barbare Yannis Ritsos est parmi eux.

Dans le même temps à Paris un jeune homme perd la trace de l’étudiante grecque dont il est amoureux et va trouver le sens du combat politique en participant à la publication d’un livre sur la dictature qui se met en place à l’autre bout de l’Europe.

La parution du livre de Bruno Doucey est l’occasion d’évoquer l’œuvre vibrante et tendue du grand poète grec qu’Aragon considérait comme une voix capitale du XXe siècle. Une immense poésie de combat.

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