LA RECHERCHE DE SOI

« Écrire, c’était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée. » Marguerite Duras

 

Écrire sur soi et pour soi devient au XXe siècle – le siècle de Proust – un enjeu majeur de l’histoire littéraire, jusqu’à ce que l’on nommera l’autofiction. Petit parcours de quelques voix qui se cherchent et qui parfois arrivent à s’entrevoir dans les reflets de l’écriture.


 

Le bavard
Des Forêts, René-Louis, Gallimard, 1978

« Le Bavard, publié en 1946, remanié en 1963, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d’exemples à l’ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l’auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. » Les éditions Gallimard.

« Publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Le Bavard de Louis-René des Forêt interroge le pouvoir de la parole. Cette œuvre singulière, resté confidentielle à sa parution, est devenue dans les années 1960 un livre de référence pour toute une génération. » Lire la suite de la critique d’Amaury Nauroy.

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Les années
Ernaux, Annie, Gallimard, 2010

« La photo en noir et blanc d’une petite fille en maillot de bain foncé, sur une plage de galets. En fond, des falaises. Elle est assise sur un rocher plat, ses jambes robustes étendues bien droites devant elle, les bras en appui sur le rocher, les yeux fermés, la tête légèrement penchée, souriant. Une épaisse natte brune ramenée par-devant, l’autre laissée dans le dos. Tout révèle le désir de poser comme les stars dans Cinémonde ou la publicité d’Ambre Solaire, d’échapper à son corps humiliant et sans importance de petite fille. Au dos : août 1949, Sotteville-sur-Mer. » Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements, les mots et les choses, Annie Ernaux nous fait ressentir le passage des années, de l’après-guerre à aujourd’hui. En même temps, elle inscrit l’existence dans une forme nouvelle d’autobiographie, impersonnelle et collective.

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Lambeaux
Juliet, Charles, Gallimard, 1997

Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu célébrer ses deux mères : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée.

La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d’un amour malheureux, d’un mariage qui l’a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d’atroces conditions.

La seconde, mère d’une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l’a élevé comme s’il avait été son fils.
Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l’auteur relate succintement son parcours. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d’un homme qui est parvenu à triompher de la « détresse impensable » dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d’espoir.

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L’âge d’homme
Leiris, Michel, Gallimard, 1973

« Dans la période de grande licence qui suivit les hostilités, le jazz fut un signe de ralliement, un étendard orgiaque aux couleurs du moment. Il agissait magiquement et son mode d’influence peut être comparé à une possession. C’était le meilleur élément pour donner leur vrai sens à ces fêtes, un sens religieux, avec communion par la danse, l’érotisme latent ou manifesté, et la boisson, moyen le plus efficace de niveler le fossé qui sépare les individus les uns des autres dans toute espèce de réunion.  » Les éditions Gallimard

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La nuit remue
Michaux, Henri, Gallimard, 1987

« La Nuit remue paraît en avril 1935. C’est le premier grand texte poétique d’Henri Michaux publié par la NRF, qui comptait déjà à son catalogue, grâce à l’intercession de Jean Paulhan, un premier recueil,Qui je fus (1927), et deux « textes de voyage », Ecuador (1929) et Un Barbare en Asie (1932). La Nuit remue assurera à son auteur une large consécration critique.

La Nuit remue n’est pas tout à fait ce à quoi s’attendait Gaston lorsqu’il a signé avec Henri Michaux un contrat, en avril 1927, pour ses huit prochaines œuvres en prose. Fin 1934, quelques semaines après avoir reçu son dernier manuscrit, il le presse d’ailleurs de terminer… sonroman. « Mon roman ? », s’étonne Michaux dans une lettre à Paulhan. « Bien aimable à vous de m’en parler. Définitivement rejeté. Panier. Plus copies. Le reste va : mon journal et des poèmes. » Michaux vient de composer La Nuit remue en réorganisant des éléments pour la plupart antérieurs.» Lire la critique d’Amaury Nauroy.

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Un homme qui dort
Perec, Georges, Gallimard, 1990

«Tu as vingt-cinq ans et vingt-neuf dents, trois chemises et huit chaussettes, quelques livres que tu ne lis plus, quelques disques que tu n’écoutes plus. Tu n’as pas envie de te souvenir d’autre chose, ni de ta famille, ni de tes études, ni de tes amours, ni de tes amis, ni de tes vacances, ni de tes projets. Tu as voyagé et tu n’as rien rapporté de tes voyages. Tu es assis et tu ne veux qu’attendre, attendre seulement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre : que vienne la nuit, que sonnent les heures, que les jours s’en aillent, que les souvenirs s’estompent.» G.Perec

C’est en ces termes que le narrateur s’adresse à lui-même, «un homme qui dort», qui va se laisser envahir par la torpeur et faire l’expérience de l’indifférence absolue.

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Le noir est une couleur
Réal, Grisélidis, Gallimard, 2007

Le noir est une couleur naît avec les années 60. Grisélidis Réal s’enfuit en Allemagne avec ses enfants et Bill, son amant noir américain, arraché à un asile psychiatrique genevois. Au terme de leur cavale, l’étrange famille va échouer à Munich, ville a priori hostile à leur mauvais genre. Petit à petit, pour survivre et échapper à l’inertie psychique de son compagnon, la narratrice va, sans souteneur ni tabou, se livrer à la prostitution. Loin du témoignage misérabiliste d’une déchéance, le récit s’éclaire d’une passion parallèle, celle de Grisélidis pour Rodwell, un soldat noir américain rencontré dans un bordel. Cet amour fait basculer le livre qui irradie alors un parfum de marijuana et de réalisme halluciné. On y découvrira l’envers du miracle de la reconstruction de l’Allemagne, celle des boîtes de jazz pour GI’s, des petits trafiquants de came et des campements de rescapés tziganes. La force documentaire, l’énergie stylistique et l’anticonformisme de ce destin féminin forment un cocktail détonnant.

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Zouc par Zouc
Zouc & Guibert, Hervé, Gallimard, 2006

Zouc par Zouc a vu le jour grâce au hasard d’une rencontre entre Hervé Guibert et Claude Michel Cluny, à la terrasse d’un café d’Avignon. Avertie du projet de livre qu’ils veulent lui consacrer, Zouc retrouve Hervé – pas encore Guibert – dans un café de Montparnasse pour un premier entretien. Elle a tenu absolument à ce que ce soit lui, Hervé, qui s’en charge. Hervé a vingt-deux ans, elle à peine plus. Ils éprouvent l’un pour l’autre une attirance et une fascination très fortes qui conduisent Zouc à laisser Hervé fouiller avec délectation dans son histoire.

 

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