La rentrée littéraire 2017

Un avant-goût de cette rentrée

Établir une sélection de romans pour la rentrée littéraire est une chose embarrassante. D’abord parce que, au moment où nous écrivons ce billet, nous sommes en août, et août ce n’est pas encore la rentrée. Ensuite parce qu’une sélection demande une méthode, des critères, des points objectifs, c’est-à-dire des choses qui grippent l’élan de la spontanéité. Lire la suite

Marie N’Diaye, La Cheffe

Marie N’Diaye, La Cheffe, roman d’une cuisinière, Éditions Gallimard.

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Dans le dernier roman de Marie N’Diaye, un homme remonte le temps et raconte la vie de la Cheffe, une cuisinière. Cette voix qui raconte et qui tient très bien son récit, (comme si il était déjà façonné par la répétition), dévoile progressivement le portrait d’une femme mystérieuse, assez libre et courageuse, solitaire, généreuse, un peu farouche. Lire la suite

Ben Lerner, 10 : 04, Éditions de l’Olivier

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Ce roman, 10:04, ne serait qu’une fiction si l’auteur, Ben Lerner, ne ressemblait pas de très prés à son personnage. Ce livre met en scène un certain Ben, vivant à Brooklyn, qui a écrit un premier roman remarqué et qui s’inquiète de l’écriture du second. Précisons tout de suite que ce roman trouve son origine dans une nouvelle que notre personnage-narrateur a publié dans le New Yorker. De l’autofiction (l’auteur absorbé par son roman) à un roman purement fictif (à priori cette nouvelle est une fiction), Ben Lerner mène un jeu serré entre écriture du réel et illusion romanesque. Le narrateur nous raconte de multiples histoires mais derrière ces aventures se cache l’interrogation, et même l’angoisse, de l’écrivain contemporain d’appréhender le réel avec un regard neuf. En effet, la progression de ce roman se détourne et se fractionne en récits successifs, réels ou fictifs en faisant référence (surtout dans les 30 premières pages) au film Retour vers le futur (10:04 est l’heure à laquelle la foudre frappe l’horloge du tribunal qui permet à Marty de rentrer en 1985). Lire la suite

Continuer de Laurent Mauvignier

hodlerL’émission de Laure Adler avec Laurent Mauvignier du 29 Septembre dernier débuta avec une chanson de Neil Young. Cette ballade folk était très bien choisie pour introduire la conversation car il y a dans cette chanson comme dans les romans de Laurent Mauvignier de la tendresse et une proximité avec des personnages que l’on imaginent sur le départ où sur le retour et qui se battent contre les vacheries de la vie. Continuer est un roman qui explore des espaces, géographiques et intimes, et le lien qu’ils entretiennent avec les personnages me fait naturellement penser à la littérature américaine. Alors, avec la voix de Neil Young en prime, il m’est difficile de ne pas penser que Laurent Mauvignier est aussi, à sa façon, un écrivain américain.

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Eugène Savitzkaya, A la cyprine, Éditions de Minuit.

En même temps que de découvrir quelques uns des romans de cette rentrée littéraire, je vous propose de revenir à un livre paru à l’hiver 2015, un joli livre de poésie d’Eugène Savitzkaya, qui pourrait être un bon remède pour faire face à cette fin d’été. La poésie de Savitzkaya est concrète, au plus prés des choses et des êtres, elle ne sacrifie rien à la vie et à l’amour. Dans une interview que l’on peut écouter sur le réseau, Eugène Savitzkaya dit avoir intitulé son livre « A la cyprine » comme un « toast à la vie et à l’amour ».

@Marc Riboud

@Marc Riboud

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Philippe Forest, Crue, éditions Gallimard

«Savais-je bien ce qui m’avait conduit dans le quartier étrange ou j’avais élu domicile ? À quel appel j’avais inconsciemment répondu lorsque je m’y étais installé ? De mon propre aveu, l’endroit ou nous nous trouvions avait donné un tour nouveau à ma vie.»

Je commence par cette citation prise à la page 160 du nouveau roman de Philippe Forest. J’aurais pu en choisir une autre tant j’ai surligné de passage de ce livre. Celui-ci me permet de préciser le décor et l’idée du retour, du revenant.

@Alexandra Catière

@Alexandra Catière

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Ali Zamir, Anguille sous roche, Éditions Le Tripode.

basquiat2Dans son roman Anguille sous roche, Ali Zamir crée un personnage que l’on est pas prêt d’oublier, un personnage de légende, une figure mythique de l’océan Indien. Peut être que désormais, le nom d’Anguille sera prononcé avec reconnaissance et que chacun s’en ira raconter son histoire. Lire la suite

Christine Montalbetti / La vie est faite de ces toutes petites choses / Éditions POL

Il me semble difficile d’écrire quelque chose sur le dernier livre de Christine Montalbetti car sa composition est si légère et son écriture si fluide qu’elle s’immisce dans tout les aspects des choses et des corps. Oui, il est difficile d’écrire sur ce roman sans prendre le risque de l’alourdir. Il faudra donc faire attention à respecter son univers, scientifique et humain, cet univers où la légèreté s’exprime dans la mobilité, dans la précision technologique et dans son environnement naturel, le centre spatial Kennedy et sa base de lancement de Cap Cannaveral! Cependant, cette sensation de légèreté que l’on ressent en lisant ce roman ne devrait pas le faire apparaître seulement comme une sorte de douce rêverie poétique.

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« Mourir et puis sauter sur son cheval » – David Bosc – Éditions Verdier

Dans une note à son livre, David Bosc écrit : « Cette histoire de Sonia est née d’un passage des carnets du poète Georges Henein : « S.A s’est suicidée au mois de septembre, a Londres, en se jetant dévêtue d’un troisième étage.»

Sonia A. est espagnole, elle vit à Londres. Mourir et puis sauter sur son cheval porte sa voix :

« Chevaux de fiacre portant œillères, chevaux de force aux yeux bandés et dont les naseaux s’ouvrent tant et plus au-devant de la route, comme à vouloir humer la lumière et les formes. Londres est aux chevaux, qui tolèrent sous leur ventrière l’existence des chiens, des chats, des rats, la course des uns derrière les autres, la drouille pour la pitance et les jeux du flair, les chiens, les chats, les rats, ces petits animaux qui, à la différence des bêtes de somme, s’accouplent sans assistance ni autorisation. » p.37

Dans Mourir et puis sauter sur son cheval, vers libre d’Ossip Mandelstam, la vie et la mort se croisent et se courent après. La phrase de David Bosc projette dans son élan des images puissantes, mouvantes et libres et l’histoire défile, elle aussi, entièrement libre et fulgurante, sur les pas de Sonia A. Lire la suite

Le grand marin – Catherine Poulain – Éditions de l’Olivier

C’est un roman qui commence par le départ de Lili d’un coin de France et qui raconte son rêve de pêcher en Alaska. Lili trouve refuge dans un coin d’Amérique battu par l’océan, sur l’île de Kodiak. Lili porte un regard rempli d’espoir sur cet océan et sur ces gens de la mer qui connaissent la malédiction de Sisyphe, celle de rouler la pierre de la vie et de toujours retourner pêcher. Lili embarque sur le Rebel pour pêcher la morue noire, puis le flétan tout en rêvant du bout du monde situé pour elle au lieu-dit de Barrow point.

Catherine Poulain écrit une histoire remplie de personnages un peu déchus, un peu fatalistes, un roman au service de la légende des travailleurs de la mer de Béring. C’est aussi et surtout un beau portrait de femme, insaisissable car entièrement libre. Ce roman est une évasion. Catherine Poulain écrit l’immensité des paysages, de l’expérience et des cœurs, car ce livre est rempli de belles histoires d’amitié et d’espoir. Lili se met à l’épreuve, elle avale à plein poumon l’air tempétueux de l’océan, elle remonte le poisson, elle le tue, elle regarde l’horizon disparaître dans la brume ou dans la nuit, les rafales de vent, les couleurs du soleil, les odeurs de gasoil et de bières. Pour notre héroïne, continuer à pécher est une évidence car plus qu’un voyage, plus qu’une aventure, ce livre raconte un choix absolu.

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Le grand marin – Catherine Poulain – Éditions de l’Olivier

à paraître le 4 février 2016