Cap au pire

Dans les moments de doute, de lassitude, nous avons tous nos refuges. Sport, méditation, séries, cuisine, drogue… moi c’est la lecture de Beckett. Plus particulièrement ses textes tardifs, les plus épurés, les plus abstraits. Lors des trop-pleins de lecture, de travail, d’événements, je les lis à voix haute. C’est l’affaire d’une ou deux heures, au prix d’une concentration totale. Le seul moyen que j’ai trouvé pour les comprendre, les vivre, et revenir à l’os de ce qu’est la littérature, dans ce qu’elle a de minimal et de plus fort.
Ainsi Compagnie, dans lequel le narrateur se demande s’il est seul, accompagné, si même c’est bien lui qui est là, s’il y a vraiment quelqu’un. S’il est possible de dire quelque chose, en une litanie, une tentative toujours repoussée, toujours avortée.Une forme de doute absolu qui me touche davantage que celui de Descartes. C’est une expérience difficile, parfois pénible, mais pour moi au plus proche de ce qu’est la vie.

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Girl in a Band

Les amateurs de rock ont le confinement malheureux. Leurs concerts sont annulés, ils ne peuvent pousser le son quand les voisins télé-travaillent, se sentent bien seuls en dansant dans le salon, n’ont plus l’occasion d’arborer toute leur panoplie…Personnellement abattu, découragé par mes proches d’écouter de l’indus, frustré de ne pouvoir pogoter plutôt que de faire des exercices de gainage, j’ai dû me résoudre à lire des livres sur le rock. J’ai donc pris Girl in a Band, l’autobiographie de Kim Gordon. Ecrit peu après son divorce d’avec Thurston Moore, et la séparation de leur groupe Sonic Youth, c’est un récit étrangement zen.

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Amuleto

La lecture des belles « discussions » de Thomas et Suzanne m’a amené à relire, des années après, ce texte confiné.

Auxilio Lacouture, « mère des poètes mexicains », lorsqu’elle comprend que l’armée a violé l’autonomie de l’université de Mexico DF en septembre 1969, peu avant le massacre de Tlatelolco, s’y trouve. Dans les toilettes du quatrième étage, exactement. Elle décide de résister. Et reste dans les toilettes quatorze jours durant, occupant, seule, la dernière, depuis sa pièce taboue, le lieu de la pensée, de la culture, de la transmission. Et elle raconte, se raconte, nous raconte : la vie vagabonde, le passé, le futur, l’histoire des poètes d’avant-garde, la rencontre aussi avec le jeune Arturito Belano, son poète préféré, alter-ego de Roberto Bolaño, auteur de ce superbe roman.

Comme me le disait il y a peu mon très cher collègue Nicolas, « le propre de ces livres où le personnage est enfermé, c’est d’être au maximum ouvert sur le monde ».

Amuleto, Roberto Bolano, dans Œuvres complètes 1, Éditions de l’Olivier, 2020.

Le retour du printemps

Lecteur depuis des années des Carnets de notes de Bergounioux, c’est devenu pour moi une tradition, un printemps sur deux, que d’en lire un volume en regardant les bourgeons sortir. La place qu’il donne à la nature, à la pêche, à ses recherches entomologiques, aux minéraux, m’aide à sortir de la grisaille et de l’humidité hivernales. Et en cette saison plus calme en nouveautés en librairie, j’apprécie d’aborder le temps long, la vie qui passe, qui se construit par habitudes, par gestes sans arrêt recommencés qu’il retranscrit merveilleusement. Comme l’humain n’échappe pas aux cycles de la nature, et ne peut vivre qu’en s’intégrant à la Vie.

Pierre Bergounioux

Cette année, le plaisir est différent.J’ai toujours le bonheur de voir les tulipes éclore, de semer des basilics, de planter de nouvelles variétés de thyms, de sauges. Je mesure d’autant mieux ma chance, qui doit tellement manquer à nombre d’entre nous. Et pourtant. Lors de ces années 2011-2015, Bergounioux se retire dans la lecture. Les soucis de santé accaparent sa pensée, son corps. Il sort moins, souffre du froid, craint le vieillissement, l’ombre de la mort, jour après jour. La différence de ton est palpable, l’angoisse omniprésente.
Mais si je n’y trouve pas ce que j’étais venu y chercher, c’est une nouvelle aventure de lecture que ce quatrième Carnet. Plus sombre, parfois même renfermé, aigre. Je n’arrive pas à le lire d’une traite, comme les autres. Je ressens le besoin d’aérer ma lecture, de reprendre du souffle. Certainement, ce sera l’un de ceux dont je me souviendrai le mieux, qui montre que chaque cycle ne reproduit pas à l’identique le précédent, mais évolue par touches sensibles.

Participez au prix Œdipe 2014

Il est encore temps de participer au Prix Œdipe, et ce jusqu’au 29 mars. Une urne est installée à cet usage dans le rayon psychanalyse de la librairie.

Le prix a pour objectif de récompenser un ouvrage de psychanalyse récemment paru, qui fasse avancer la recherche tout en proposant un regard accessible aux amateurs éclairés. Il est organisé par le site Œdipe, animé par Laurent le Vaguerèse et son équipe. N’hésitez pas à visiter le site, il fourmille de critiques d’ouvrages et d’informations sur l’actualité psychanalytique française. Continuer la lecture

Marijuanaland de Jonah Raskin

Le cannabis est dans une curieuse situation juridique en Californie. Alors que la loi fédérale états-unienne en interdit la culture, la vente et la consommation, la loi locale les autorise dans un cadre thérapeutique. Jonah Raskin, journaliste sympathisant gonzo (déjà auteur chez le même éditeur de A la recherche de B.Traven, traque du mystérieux écrivain prolétarien), a lui-même été condamné pour avoir convoyé de la marijuana, et en consomme -sur prescription médicale- pour des maux de dos. Continuer la lecture

Padre Pio – Sergio Luzzatto

En Italie, à quelques mois de la fin de la Première Guerre  mondiale, Padre Pio, prêtre capucin du couvent San Giovani Rotondo, voit apparaître en vision un mystérieux personnage saignant des mains et des pieds. Suite à cette apparition, des stigmates de la crucifixion de Jésus surviennent sur son corps. « Je me suis aperçu que mes pieds, mes mains et mon côté étaient transpercés et laissaient couler du sang ». Continuer la lecture