Eugène Savitzkaya, A la cyprine, Éditions de Minuit.

En même temps que de découvrir quelques uns des romans de cette rentrée littéraire, je vous propose de revenir à un livre paru à l’hiver 2015, un joli livre de poésie d’Eugène Savitzkaya, qui pourrait être un bon remède pour faire face à cette fin d’été. La poésie de Savitzkaya est concrète, au plus prés des choses et des êtres, elle ne sacrifie rien à la vie et à l’amour. Dans une interview que l’on peut écouter sur le réseau, Eugène Savitzkaya dit avoir intitulé son livre « A la cyprine » comme un « toast à la vie et à l’amour ».

@Marc Riboud

@Marc Riboud

Au baiser noir des cils, aux poils

noirs du baiser, à genoux sur les planches

et tel éclat blanc sur le collant

troué a mi-cuisse d’où monte la buée

lait mortel et rayon de lumière franche

ou poison, vingt-neuf ans d’une femme

son mouchoir est une rose

Ces poésies sont belles, elles ont une musique propre qui attire les mots et les rendent mélodieux, poétique, charnels.

Elle passe, elle passe

la joliette

elle est passée

la jolie, la jolie vie

Qu’as tu couru mon mignon ?

As tu moulu du son

et dans la boue

semé ?

Elle passe, elle passe

la jolie, la jolie vie

Dans ma première lecture, celle où il m’a fallu mettre ces mots en bouche, j’ai presque été amené à les chanter. Dans ces poèmes, il y a beaucoup de respect pour le mot qui n’est jamais sacrifié à la rime et qui ne se perd pas dans des figures de style, dans des longueurs de phrases, dans des tournures sophistiquées. Il est utilisé comme un outil dont on a besoin, au bon moment.

Shishkin01

Qui claque

du marteau

a ma porte marbrée

qui enfile du fil

qui à petits pas

va au travers

des bois verts

qui au solstice ploie

sous la haute lune, sceau de lumière

qui mord Agathe

qui se soucie du Nord

La poésie dans tout ça ? Et bien justement, elle est là où on ne l’attend pas, parfois dans les blancs de la page, parfois dans la formule qui s’inscrit dans un coin de notre tête pour être répétée.

Au Pigeon Noir

une bière en suit une autre

après les rues et les chaussées

tout mène en bas

bas de table, table basse

basse œuvre

haute félicité

Les poésies d’Eugène Savitzkaya ont la légèreté de la ritournelle. Le reste est mystérieux parce que pour en arriver là, c’est sur qu’il en faut du talent… et de la patience.

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