PRÉSENCE AU MONDE

melancolieLa présence au monde

« Le monde est d’abord une extension indéfinie de soi, le soi, le sujet, un pli indistinct dans le monde. » Pierre Bergounioux

Sous le titre un peu pompeux de : la présence au monde, cette sélection voudrait mettre en avant ces écrivains qui depuis toujours tentent de retranscrire avec des mots la course folle de l’homme dans le tumulte du monde.

C’est aussi une façon de s’arrêter sur ces moments de littérature auto-reflexive, c’est à dire qui s’interroge sur la place de l’homme sans le monde.


 
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Ariel
Sylvia Plath, Gallimard, 2011

Secs, sans cavalier, les mots Et leur galop infatigable Quand Depuis le fond de l’étang, les étoiles Régissent une vie.

« Ariel, génie de l’air de La Tempête, de Shakespeare, est aussi le nom du cheval blanc que montait à l’aube dans le Devon, en Angleterre, l’un des plus extraordinaires poètes du XXe siècle, Sylvia Plath, aux derniers mois de sa courte vie.
Ariel, borne décisive marquant un « avant » et un « après », parole intense jusqu’à la rage parfois, question de vie ou de mort.
Ariel, jusqu’au bout, l’extrémité du dernier souffle. » Valérie Rouzeau.

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cvt_Le-garcon-qui-voulait-dormir_2965Le garçon qui voulait dormir
Aharon Appelfeld, Points, 2012

Un « grand » Appelfeld. Erwin a 17 ans lorsque – au sortir au sortir de la guerre – il se retrouve après une longue errance en Europe sur la côte de Naples au coeur d’un groupe de réfugiés apatrides. Il a tout perdu : père, mère, langue, environnement familier… et émerge peu à peu du sommeil auquel il a recours pour faire revivre tout un pan de sa vie anéanti. Enrôlé, avec d’autres jeunes gens de son âge, par un émissaire de l’Agence juive, il se prête à l’apprentissage intensif de l’hébreu et à l’entraînement physique, quasi-militaire, que celui-ci leur impose chaque jour pour les préparer à une nouvelle vie dans l’Etat d’Israël sur le point de naître.Vient le temps de la traversée en bateau sur une mer déchaînée, de l’immigration clandestine (la Palestine est encore sous mandat britannique) et de l’arrivée dans les montagnes de Judée où les jeunes pionniers sont affectés à la construction de terrasses agricoles. Erwin, comme tous ses camarades, accepte de changer de prénom et s’appelle désormais Aharon. Lorsque la guerre d’Indépendance éclate, les jeunes pionniers sont affectés à des missions militaires. Erwin-Aharon, blessé au cours de l’une d’elle, restera de longs mois paralysé dans une maison de repos, subissant opération sur opération. C’est là qu’il renoue avec le sommeil et le passé. Il craint de trahir les siens en adoptant une nouvelle langue et un nouveau pays et seuls ses échanges avec un médecin et ses discussions avec de vieux pionniers blessés l’aident à surmonter le sentiment de culpabilité qu’il le hante. Peu à peu, une décision s’impose à lui : celle de mettre ses pas dans ceux de son père disparu, et devenir l’écrivain que celui-ci rêvait d’être.Si dans chacun des romans d’Aharon Appelfeld on peut déceler un élément autobiographique, celui-ci est clairement une tentative de relier l’imaginaire et le vécu à travers l’insertion des noms de ses parents, ses grands-parents, et de son propre nom bien sûr, mais aussi d’extraits de poèmes ou de prose de ses jeunes années.

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la_petite_lumiereLa petite lumière
Antonio Moresco, Verdier, 2014

« Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant» : ainsi commence La Petite Lumière. C’est le récit d’un isolement, d’un dégagement mais aussi d’une immersion. Le lecteur, pris dans l’imminence d’une tempête annoncée mais qui tarde à venir, reste suspendu comme par enchantement parmi les éléments déchaînés du paysage qui s’offrent comme le symptôme des maux les plus déchirants de notre monde au moment de sa disparition possible.
L’espace fait signe par cette petite lumière que le narrateur perçoit tous les soirs et dont il décide d’aller chercher la source. Il part en quête de cette lueur et trouve, au terme d’un voyage dans une forêt animée, une petite maison où vit un enfant. Il parvient à établir un dialogue avec lui et une relation s’ébauche dans la correspondance parfaite des deux personnages. Cette correspondance offre au narrateur l’occasion d’un finale inattendu.
La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l’existence.

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lispector-clarice-la-decouverte-du-mondeLa découverte du monde
Clarice Lispector, Des femmes, 1995

La découverte du monde rassemble les textes que Clarice Lispector a publiés chaque samedi dans le Jornal do Brasil, d’août 1967 à décembre 1973.

Ces  » chroniques  » apparaissent comme le creuset, le laboratoire d’une partie importante de son oeuvre. Sur un ton tantôt grave, tantôt primesautier, sont relatés les états d’âme, les choses vues, les rencontres, les lectures.
Voici le bonheur de rencontrer au quotidien Clarice écrivain, journaliste, citoyenne, moraliste, philosophe, visionnaire, femme et mère, Clarice avec ses lecteurs et ses lectrices, ses amis et amies, ses chauffeurs de taxi et ses grands hommes, ses animaux, ses plantes et ses pierres.
Et quelques insectes -telle qu’en elle-même.

Jacques et Teresa Thiériot.

La Découverte du monde est le treizième livre de Clarice Lispector paru aux éditions Des femmes qui ont entrepris de publier l’intégralité de son œuvre.

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33861_13474708Les carnets du sous-sol
Dostoïevski, Actes Sud, 1993

Cette nouvelle nous décrit les faits et gestes d’un homme foncièrement égoïste, méchant jusqu’au sadisme, inconséquent avec lui-même et avec les autres, mais jaloux de son « essence », de sa liberté inconditionnelle. Et il n’a de répit qu’il n’ait, dans son discours, humilié, diminué, vilipendé les amis de passage ou la maîtresse d’un soir. Or, pour rendre la tonalité de ce monologue, pour en retrouver la  » matière « , pour en restituer le sens qui tient avant tout à la langue et à l’usage qu’en fait Dostoïevski, il fallait une traduction débarrassée du souci d’élégance contre lequel celui-ci n’a cessé de lutter.  C’est pourquoi la nouvelle traduction d’André Markowicz – qui a entrepris pour Babel de retraduire intégralement l’oeuvre de Dostoïevski – trouve ici toute sa nécessité. imprécatoire et violente, elle permet d’entendre la véritable voix du grand écrivain russe.

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product_9782070766307_195x320L’instant de ma mort
Maurice Blanchot

Maurice Blanchot se souvient d’un instant de sa vie où il a rencontré la mort. «Je me souviens d’un jeune homme, un homme encore jeune, empêché de mourir par la mort même, et peut-être l’erreur de l’injustice. Les Alliés avaient réussi à prendre pied sur le sol français. Les Allemands, déjà vaincus, luttaient en vain avec une inutile férocité. Dans une grande maison (le Château, disait-on), on frappa à la porte plutôt timidement. Je sais que le jeune homme vint ouvrir à des hôtes qui sans doute demandaient secours. Cette fois, hurlement : « Tous dehors. »

 

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