L’annexe, Catherine Mavrikaki

D’évidence depuis le début ce ce temps long qui nous est offert par la « crise sanitaire », je me plais à alterner les lectures. Certaines relèvent de la « Tempête sous un crane » comme le disait Victor Hugo à propos de Monsieur Madeleine au moment il hésite à se dénoncer et dévoiler sa véritable identité de Jean Valjean alors même que le pauvre Champmathieu risque la potence. C’est-à-dire ces romans éminemment psychologiques qui déploient les mondes intérieurs des personnages, qui mettent en évidence les subtilités et complexités de l’être humain.

D’autres lectures sont plus comme des fenêtres ouvertes sur le monde : romans d’aventure, contemporains ou non, histoires du passé, romans d’action, de tribulations, ou qui m’ouvrent sur un exotisme, un univers qui m’est inconnu.

Ces derniers jours, mes pas m’ont porté vers le roman de Catherine Mavrikakis : L’annexe, un livre surprenant et original, dans lequel il est question d’une claustration, et de son épanouissement vers quelque chose d’autre. En résumé un livre de confinement qui se décloisonne : le rêve !

L’héroïne du roman est une agente secrète dont la mission est compromise, elle est devenue une cible évidente pour l’ennemi. Sa hiérarchie décide donc de l’installer dans une planque, c’est une mise à l’écart du monde, un confinement en quelque sorte. Elle ne doit pas savoir ou elle est, elle est seulement quelque part. Elle n’est pas seule dans cet isolement, d’autres agents vivent dans cet étrange hôtel, dans une sorte de colocation qui n’a rien d’évident. Le maître du logis est un personnage que l’on perçoit immédiatement comme extrêmement retors et mystérieux.

Le temps et le lieu ainsi abolis, commence alors pour notre héroïne une étrange expérience à la manière de celle d’Alice quand elle tombe dans le terrier du lapin. Elle entre dans ce qu’elle appelle l’annexe.

Dans ce lieu fixe et instable à la fois, elle se réfugie dans la littérature et les gens qu’elle côtoie deviennent des avatars de figures romanesque. L’un ressemble à un personnage de Tourgueniev, l’autre sort de la Recherche du temps perdu, un autre lui évoque Grégoire Samsa dans la Métamorphose de Kafka. Enfin il y a cet hôtel : cette annexe du monde qu’elle assimile à la cache d’Anne Franck, et qui est aussi une sorte de « chambre à soi ».

Elle reconstruit dans cette chambre à elle, les conditions de vie acceptables en la peuplant de littérature et en créant un dialogue tout à fait inédit. C’est très émouvant et cela se construit en parallèle à l’intrigue du roman.

Mais n’est-ce pas un peu ce que nous faisons aussi, nous lecteurs ces temps ci : peupler cette chambre à soi qui est notre quotidien par des romans, des lectures ?

Se laisser nourrir de littérature, par intermédiaire de ce lieu intime : la chambre à soi. Et faire en sorte qu’elle dialogue avec l’autre lieu, celui là physique de notre confinement : l’Annexe.

Le livre de Catherine Mavrikakis, est une lecture forte ces temps-ci parce qu’elle met en évidence et reconfigure notre rapport à la lecture en ces moments de confinements.

L’annexe de Catherine Mavrikakis, éd Sabine Wespieser.

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