J. M. Coetzee et Thomas Bernhard : Autoportraits

« L’après-vous c’est pour quand d’après-vous ? » (Raymond Devos)

Il est des fois où le hasard fait bien les choses. Il est donc heureux que paraissent en poche, et en même temps, les textes de Bernhard et de Coetzee, Mes prix littéraires et L’été de la vie. L’un publié en 2009 à titre posthume (Bernard meurt en 1989 à Gmunden). L’autre publié à titre faussement posthume en 2010 (Coetzee est né en 1940 au Cap). Cela tombe d’autant plus à point que nous entrons maintenant dans la sacro-sainte saison des prix littéraires. Et nos deux auteurs ne manquent pas de décorations !

Coetzee, prix Nobel de littérature en 2003, comme à son habitude, allie à la fois exigence formelle et exigence de réflexion. Il offre ici une formidable mise en abyme, donnant matière à penser sur son statut d’écrivain. Imaginez donc, Coetzee relatant les aléas de son existence dans une autobiographie fictionnelle post-mortem (troisième volet après Scène de la vie d’un jeune garçon et Vers l’âge d’homme). Il imagine un biographe qui, à sa mort, part interviewer les hommes et femmes qui ont compté dans sa vie. Processus brillant mais chausse-trappe évident ! L’auteur s’en sort sans ambages (évidemment). Le livre fait état, entre autres, des complexités du processus de création et de la part de subjectivité, voire de mensonge, inhérente à toute œuvre de fiction. Élaborant un dispositif kaléidoscopique, l’auteur nous parle de l’homme-Coetzee autant que de l’écrivain, de ses engagements politiques et littéraires, de sa position complexe d’Afrikaner en Afrique du Sud. Non sans malice, il se décrit comme un homme ennuyeux et obsessionnel ; il dresse un autoportrait avec une sincérité qui ne confine jamais à la complaisance. Conquis, le lecteur ne peut qu’être en empathie.

De son côté, Thomas Bernhard adopte une forme plus classique, et son propos, bien que moins ambitieux que celui de son confrère sud-africain, s’avère d’une lecture délicieuse. Page après page, on se délecte de son art si particulier du ressassement. L’auteur remet ici en scène les multiples cérémonies de remise de prix auxquelles il a assisté tout au long de sa carrière. Prix et hommages dont il n’a généralement que faire et qu’il n’apprécie que d’un point de vue financier. Ainsi, peste-t-il avec virulence contre le monde clos des académies et des jurys littéraires, déployant exagérations grotesques et autres caricatures. L’auteur lui-même ne s’épargne aucunement et se regarde sans concession. Il nous parle alors de sa mégalomanie et de ses nombreuses insatisfactions. Le livre se clos avec la retranscription de ses discours aux accents tragi-comiques. Il s’agit bien là de mépris littéraire ! Bernhard est ici d’autant plus juste que, depuis quelques temps, certains livres de poche arborent fièrement le désormais célèbre bandeau « le roman aux dix prix littéraires »…

Une fois ces deux ouvrages achevés, il ne vous restera dès lors qu’à vous délecter du formidable et savoureux sketch de Raymond Devos mettant (littéralement) en scène sa « gloire post-mortem » et l’enregistrement de son dernier soupir !

PS :  Sketch de Devos à écouter sur http://www.deezer.com/fr/music/track/1580505

 

  L’été de la vie – John Maxwell Coetzee – Points, 2011 – 7€50

 

 

 

 

   Mes prix littéraires – Thomas Bernhard – Gallimard, 2011 – collection Folio – 4€60

 

 

 

 

 

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