L’autre roman victorien

Thomas Hardy, les sœurs Brontë, William Thackeray, George Eliot ou encore Charles Dickens ne sont qu’une des facettes de la littérature britannique de l’époque victorienne. Celle du naturalisme qui suit l’époque romantique, celle d’un roman social et psychologique. Un roman de « cottage » dans des campagnes verdoyantes et de salons tout a fait « cosy », un roman dans lequel les drames se nouent et de dénouent à l’heure du « five o’clock tea ».
Mais à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe, L’Angleterre va voir s’épanouir une autre manière de faire du roman. Des histoires portées par un souffle aventureux, les livres ouverts sur l’immensité du territoire britannique : le Commonwealth, mais aussi des livres qui se veulent le reflet de l’industrialisation du pays.

Portrait of Henry James, huile sur toile de John Singer Sargent (1913)

On pourrait faire débuter cette histoire par la querelle amicale que se livrent Henry James et Stevenson en 1884 suite à la parution d’un article dans le Longman’s Magazine.
En effet, rien n’oppose plus la manière d’un Henry James à celle de Stevenson :

« La seule raison d’être d’un roman est qu’il rivalise vraiment avec la vie. Qu’il cesse de tenter de la reproduire un peu à la façon de la toile d’un peintre, et il se trouve alors devant une très étrange impasse ».

Ces mots de Henry James ouvrent la querelle amicale qu’il va entretenir des années durant avec Robert Louis Stevenson. Le jeune romancier écossais a des vues sur « l’art de la fiction » radicalement différentes de celles du maître de la psychologie romanesque.
Henry James pense que le roman doit rivaliser avec la vie, Stevenson sait qu’il ne le peut nullement, que le pouvoir et la puissance de la fiction résident ailleurs que dans l’imitation parce que

« la vie est monstrueuse, infinie, illogique, abrupte et poignante ; une œuvre d’art en comparaison est nette, limitée, autonome, rationnelle, fluide et émasculée. […] Le roman – qui est une œuvre d’art – existe non par ses ressemblances avec le vie, inévitables et matérielles tout comme une chaussure est faite de cuir, mais pour son incommensurable différence avec elle. ».

On le comprend, il y a pour Stevenson une autre façon de faire des romans que celle des écrivains naturalistes. Et cela se retrouve bien entendu dans ce chef d’œuvre du roman d’aventures qu’est L’île au trésor. Publié en 1883 ce roman est la matrice indépassable pour tout récit de piraterie, il est encore aujourd’hui le mètre étalon, il en invente la forme et dicte le canon. Stevenson réitère l’exploit avec deux autres grands chef d’œuvres : Enlevé et le Maitre de Ballantrae.
La veine aventureuse ouverte par Stevenson, se perpétue avec des romans comme Moonfleet de Falkner, un roman de mystère et de brume qui met en scène des bandits et des contrebandiers sur les côtes du Dorset, ou encore Les quatre plumes blanches de Mason, roman dans lequel l’on suit les aventures d’un jeune soldat déshonoré auprès de sa fiancée et de ses amis dans le désert du Soudan à l’époque des guerres coloniales anglaises.
Nous ne pouvons pas faire ce tour d’horizon sans mentionner un maître, prix Nobel de littérature en 1907 : Ruyard Kipling, dont les romans comme le Livre de la jungleKim ou encore L’homme qui voulu être roi sont des sommets de la littérature aventureuse et picaresque.

La deuxième moitié du XIXe siècle est également en Angleterre le moment ou s’invente ce qui va devenir le roman policier. Point n’est besoin de s’étendre sur l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle tant son héros Sherlock Holmes est devenu une des plus évidentes mythologies contemporaines et le corpus énorme de romans et de nouvelles impose les aventures du détective privé comme une des inventions littéraires fondamentales du monde moderne.

Un peu moins connu, mais quand même de renommée considérable est l’oeuvre de Wilkie Collins dont Jorge Luis Borges considère que La femme en blanc et Pierre de lune sont les « meilleurs romans policier qu’on ait jamais écrit ». Enfin j’aimerais rajouter à cette liste tout à fait subjective deux autres noms : Erskine Childers pour le roman d’espionnage et d’aventures L’énigme des sables paru en 1903 et John Buchan pour le très célèbre roman Les 39 marches.

Dans son essai, Maurice Lévy fait débuter le roman gothique anglais en 1764 avec Le Château d’Otrante de Horace Walpole et s’achever avec Les Albigeois de Robert Mathurin en 1924. Entre ces deux dates, on trouve quelques uns des plus grands romans anglais : Le Moine de Lewis ou Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe. Ces romans à sensation qui flirtent avec le fantastique et le merveilleux sont une tradition très ancrée dans la littérature britannique. Le genre perdure sous une autre forme tout au long du XIXe siècle avec par exemple les romans de l’irlandais John Sheridan le Fanu ou le Dracula de Bram Stocker.
Enfin je ne pouvais pas en finir avec ce tour de table dans évoquer le foisonnement de ces romans qui dans la lignée du succès en France de Jules Verne conjuguent science aventure et fantastique. Il me fallait citer entre autre : les romans de H.G. Wells, auteur incroyablement prolifique dont notamment La machine à explorer le temps, L’homme invisible, ou encore La guerre des mondes. On peut ajouter à cette liste les livres de Henry Ridder Haggard, l’inventeur d’Allan Quatermain, avec par exemple Le jour où la terre trembla qui réutilise le mythe du continent perdu de l’Atlantide.

Consulter le dossier sur L’autre roman victorien sur Ombres-blanches.fr.

2 réflexions au sujet de « L’autre roman victorien »

  1. Peut être je commets une erreur d’époque mais j’ai envie de faire référence à Charles Morgan, l’auteur se Sparkenbrock… est-il de l’époque victorienne. en tout cas c’est un livre qui m’a marquée….

  2. Bonjour Coy,
    Charles Morgan est légèrement postérieur à la période que j’ai envisagé, Sparkenbroke date de 1936 en langue originale.
    De plus, gardez bien votre exemplaire, le roman est mainteant complètement épuisé chez l’éditeur, c’est devenu une rareté.
    En tout cas merci de votre attention et j’espère que vous trouverez dans cette sélection quelques titres qui enthousiasmeront…

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