18 .Frans Masereel, La ville

Progresser dans un récit, c’est se laisser traverser par une épaisseur, remonter en arrière sans perdre de vue un cap. Il y a du temps dedans, et cela peut passer par l’image quand on découvre la portée narrative des gravures de Frans Masereel : beaucoup d’évènements sociaux et politiques, toute une époque, et ce temps long qui s’impose par la succession des tableaux. Aujourd’hui, les évènements ont mis à l’arrêt notre temps collectif sans nous avoir laisser le temps de le comprendre. Alors ce temps, on ne cesse de le reconstruire, comme pour contrer cette pause, se redonner de la durée, et se réinscrire dans la boucle. On y évalue le décalage de notre insouciance face à cette présence invisible, notre esprit porté ailleurs quand elle s’approchait à pas de loup. On laissera pourtant le patient zéro à quelques journalistes prêtes à fouiller dans les papiers des épidémiologistes pour se rendre compte que du début il est difficile de témoigner. Pas de début donc, mais des images, des chiffres et des courbes en tout sens. Il nous faut des marqueurs pour envisager une suite. On se repasse le film d’avant et on anticipe le film d’après.

Frans Masereel, La ville, éd. Cent pages.

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