Habiter les mondes francophones : Haïti

Alain Mabanckou il y a trois ans ouvrait au Collège de France la porte aux littératures noires dans le cadre de la chaire de « création artistique ». Un nouveau pas, décisif à mon sens, vient d’être fait puisque débute cette année un nouveau cursus de littérature intitulé « mondes francophones ».

La très bonne idée aura été de confier à la romancière haïtienne Yanick Lahens dont l’œuvre puissante et élégante est un des fleurons de la littérature haïtienne contemporaine la première année de cours.

La romancière haïtienne Yanick Lahens

C’était il y a quelques jours donc, le 21 mars, que fut prononcée la leçon inaugurale intitulée « Urgence(s) d’écrire, rêve(s) d’habiter ».

Dans cette leçon inaugurale, disponible en accès libre sur le site du Collège de France, Yanick Lahens ne fait pas que revenir sur l’histoire de la littérature Haïtienne, elle prolonge et encadre son discours pour lui donner une hauteur de vue très pertinente sur ce que nous appelons encore en France et par défaut d’un autre vocable plus approprié :la francophonie.

Yanick Lahens avoue s’être toujours sentie comme « une différence », on sait depuis au moins Aimé Cesaire que la différence est un enrichissement, que la créolisation, le métissage « ouvre un nouvel espace de relation » comme de dit Édouard Glissant.

C’est sans doute pourquoi prend-elle le temps de dire l’urgence de nouvelles pratiques littéraires. De parler de ces « nouvelles narrations » qui font le terreau de ces littératures décentrées.

Des littératures qui se posent comme une nouvelle altérité, un dépassement des lignes d’horizons de la littérature en langue française, tout en se gardant d’être dans l’inconciliable. C’est un regard accueillant et inclusif. Une proposition de former un tout qui nous rassemble.

L’urgence dans notre monde globalisé et dans cette république – plus que jamais – mondiale des lettres est au décloisonnement. Il faut nous dit-elle « dés-européaniser » le monde francophone des lettres. C’est un inconfort, mais elle insiste, c’est un risque à prendre. Elle rappelle au passage que la tradition littéraire d’Haïti a toujours été dans l’inconfort et la subversion.

Haïti, première nation noire libre de l’histoire de l’humanité, née d’une révolution comme en France qui a toujours porté des valeurs universelles.

Parce que « la littérature commence là où la parole est impossible » Lahens voit l’histoire littéraire d’Haïti comme un produit et une matrice des croisements, des évolutions qu’elle appelle de ses vœux.

Décloisonnements et partage sont les deux mots qui restent en tête à la fin de cette heure passée à écouter Lahens. Elle brosse à grand trait les principales lignes d’une littérature qui, de Jacques Stephen Alexis à Franketienne, de Marie Vieux-Chauvet à Davertige en passant par René Depestre et tant d’’autres – dont elle est l’héritière et la continuatrice – s’est toujours refusée à tous les enfermements. A l’image de son œuvre, sa parole est belle, forte et claire, c’est une chance que nous avons de pouvoir suivre tout au long des prochains mois les fruit de ses réflexions qui je n’en doute pas enrichiront et feront progresser la littérature.

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