Sauver Carmen

Sophie Rabau est enseignante-chercheuse en littérature générale et comparée à la Sorbonne, avec un sacré grain de folie, juste ce qu’il faut pour donner une autre lecture de la littérature. Le présent essai s’intéresse à la nouvelle de Prosper Mérimée, Carmen . Au terme de la nouvelle, Carmen, la bohémienne vénéneuse meurt poignardée par son amant Don José.

Et Sophie Rabau refuse la fin tragique que Mérimée a choisi pour son héroïne. Elle entreprend donc de proposer des variations de ce texte dans lesquelles Carmen ne mourrait pas. Et c’est là que les choses se compliquent car Sophie Rabau ne veut pas réécrire la nouvelle de Mérimée, elle veut la faire varier et cela n’a de sens que si l’on a lu l’oeuvre originale. Elle se présente en lectrice insatisfaite « qu’aucun état du texte ne comble jamais » et se propose donc de tirer les fils laissés par Mérimée dans sa nouvelle. Loin d’essayer d’unifier, elle le déconstruit pour explorer tout types de variantes qui soustrairaient Carmen à la mort.

Je ne détaillerai pas toutes les variations que Sophie Rabau propose, mais disons que le point de départ est une version de Charlie Chaplin A burlesque on Carmen (1915), où la bohémienne se relève après avoir reçu le coup fatal, Carmen n’est plus morte !

Mais pourquoi vouloir absolument sauver Carmen ?

Parce que Sophie Rabau est un brin féministe et que ce n’est pas parce qu’on vous dit que «  la mort d’une femme tuée par son amant est inévitable qu’il faut forcément le croire  », la réalité est bien moins manipulable que la fiction. Carmen peut être sauver alors que tant de femmes ne le peuvent pas.

Parce que elle est indocile, Carmen doit mourir, victime des codes masculins qui régissent la société d’alors. Ce fatalisme est inacceptable.

Parce que les lecteurs ont souvent de l’empathie pour des personnages amoraux comme celui de Carmen et qu’il est donc cruel de les faire mourir et laisser les lecteurs insatisfaits.

N’allez pas vous méprendre, c’est un essai sérieux mais aussi plein d’humour et de fantaisie, on prend un réel plaisir à dérouler avec elle le fil de sa pensée dans les diverses variations qu’elle propose et dans lesquelles «  pour changer  » Carmen ne meurt pas.

Sophie Rabau, auteur de Carmen

Une rencontre avec Sophie Rabau est prévue à la librairie le vendredi 13 avril à 17 heures.

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