La rentrée littéraire : « Les prépondérants » – Hédi Kaddour

Ces derniers jours, jours de rentrée littéraire, beaucoup d’articles de journaux sont consacrés (à juste titre) au dernier livre d’Hédi Kaddour, Les prépondérants, édité chez Gallimard. J’en rajoute un en essayant, pour ne pas vous lasser, de ne pas raconter une fois de plus l’histoire de ce passionnant roman mais plutôt d’en parler dans son rapport avec l’un des éléments essentiels du livre, le cinéma.

Pour autant, il faut un début. Et donc, une ville de l’empire colonial sous protectorat français dans l’après-guerre, années 1922-1924, que l’auteur explore pour décrire une société où les frontières entre les communautés (les colons français, les Arabes et une troupe de producteurs et d’acteurs hollywoodiens) s’amincissent et se réinventent. C’est une période où les rôles et les identités changent. Voilà le décor.

Il faudrait dire aussi que dans ce grand roman (ou «fleuve», «monde», «balzacien», pourquoi pas «russe»), Hédi Kaddour écrit la rencontre entre l’énergie du cinéma américain et le cynisme de la vieille Europe. Hédi Kaddour fait preuve d’un art de la narration très maîtrisé qui repose sur des dialogues inventifs, sur des quiproquos entraînants, sur des discours rapportés d’un personnage à un autre, et qui a su me rendre captif et entièrement réceptif à ce qui se passait au moment où je le lisais. Le lecteur est constamment éclairé sur les raisons qui poussent les personnages à faire ceci ou à faire cela.

S’affrontant sur le terrain de la morale et des passions (l’amour !!), le narrateur dépeint minutieusement un monde marqué par de splendides figures de femmes qui pèsent par leur charme sur cette société coloniale surannée. C’est un livre qui se déploie largement mais qui ne néglige pas la finesse d’une analyse des détails et des motifs de l’époque (sans pour autant le qualifier de roman historique, on ressent très bien l’odeur du temps).

Venons-en à ce rapport avec le cinéma. Oui, je trouve, que ce roman est porté (et construit) par une illusion de cinéma. Cette illusion naît de l’impression que les personnages semblent sortir du cadre du roman et devenir des sujets propices à toutes les fictions, ils s’appartiennent, ils s’émancipent. En d’autres termes, le roman deviendrait le scénario du film en train d’être tourné (en tout cas dans la première partie du livre mais qui se prolongerait – le film – dans les deux autres parties du roman, le voyage en Europe – très belles pages sur Berlin, et le retour à Nabhes) et qui aurait pour titre, Les Prépondérants.

Cette illusion de cinéma donne au roman une puissance de vie formidable.

C’est une interprétation toute personnelle et un peu confuse mais ce livre, excessivement romanesque, se prête à ce genre de dérive interprétative. Et c’est aussi la force de ce roman.

Bon. Maintenant que j’ai réussi à placer mon idée d’illusion de cinéma, il ne me reste plus qu’à vous recommander de nouveau (et sans insister) le livre de Hédi Kaddour, Les Prépondérants.

Bonnes lectures.

Les prépondérants

Les prépondérants, Hédi Kaddour – Gallimard – 2015

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