Entre les deux il n’y a rien – Mathieu Riboulet

Angles.

J’ai lu le livre de Mathieu Riboulet il y a quelques jours, Entre les deux il n’y a rien,
à paraître aux Éditions Verdier à la rentrée. Depuis j’y pense assez souvent, je cherche des angles, des perspectives, des chemins.
Aujourd’hui, le 30 Juillet, je prends mon temps, j’ouvre un livre et le referme, j’écoute un morceau de musique et je remarque sur la page d’accueil de la radio France Culture (la grille d’été c’est presque les vacances !) une fenêtre qui annonce la diffusion d’un séminaire de Diogo Sardinha (Président du Collège international de philosophie, chercheur de NoSoPhi de Paris I et membre du centre de Philosophie des sciences de l’université de Lisbonne), séminaire qui s’intitule : « Ce que nous faisons de nous-mêmes : politique, violence et anthropologie ».
J’entre par la fenêtre. Un court texte résume le contenu de la conférence, (que je retranscris en partie et que vous pouvez lire sur le site de la radio ; la conférence est disponible aussi). Il dit :

« Le problème, qui a été celui de la transformation de soi, des conditions de vie en société, voire de la transformation du monde, au lieu de conduire à la mort, comme dans le cas du terrorisme d’extrême gauche, devrait déboucher sur une augmentation de la puissance de vie.»

Et de rajouter :

« Le but du séminaire sera d’enquêter sur quelques voies pour y parvenir….en ayant recours à l’analyse des mouvements contemporains de révolte urbaine, dans lesquels les liens entre la violence et la politique ont des répercutions anthropologiques.»

Et Diogo Sardinha de citer une lettre de prison du 5 novembre 1972 de Gudrun Ensslin, membre de la bande à Baader qui écrit :

« Qu’il est bien entendu extrêmement important de clarifier comment on est devenu ce qu’on est ; mais quand on le sait, le problème ne fait que commencer.»

Dans ce petit résumé du long séminaire, les questions se multiplient et le philosophe d’ajouter « qu’entre la philosophie, la politique et la violence, il y a une toile de fond anthropologique.»

Le champ ouvert par cet exposé est vaste et je crois qu’il ouvre sur certaines des questions et des enjeux du livre de Mathieu Riboulet, comme cette interrogation de « savoir comment sommes nous devenus ce que nous sommes ».
Mathieu Riboulet utilise une narration à la première personne du singulier dans une forme romanesque de récit-fiction. En jouant sur cette zone d’incertitude entre le vrai et le faux, entre le récit vraisemblable et la fiction (l’imaginaire), il crée un espace romanesque pour penser le monde et une langue pour le verbaliser. Le monde s’étend de 1972 à 1989, période dite de « l’après soixante-huit », qui comporte déjà dans son intitulé quelque chose d’indépassable. Le narrateur a douze ans en 1972, il est témoin des actions de la lutte politique armée en France, en Allemagne et en Italie, et des morts qui resteront « abattus comme des chiens dans la rue ». Par antagonisme, par opposition à cette violence, il élabore une pensée critique face à cette violence politique en prenant le parti pris du désir, du corps, comme moyen d’action sur le réel. La pensée critique du narrateur n’est pas un discours victimaire, encore moins un discours de repentance ressassant le thème des erreurs du passé. Elle est le prolongement d’une lutte pour la justice et l’émancipation.
Dans son livre Trame d’enfance, Christa Woolf écrit « Le passé n’est pas mort, il n’est même pas passé, nous nous coupons de lui et feignons d’être étranger.». Le narrateur de Mathieu Riboulet dit une époque dont il fut le témoin. Il écrit, de manière presque palpable, l’impact de cette période sur une pensée en action. Moi, je suis né entre 1978 et 1979. Certains m’ont raconté cette période et n’ont pas tout dit, empêché de dire, ou l’ont transformée, avec le temps. Ici l’écriture de Mathieu Riboulet est proche du flux de conscience et tout semble se dévoiler.

S’attachant aux lieux et aux dates, le narrateur révèle des scènes de sa vie sans perdre de vue la trame essentielle du livre : la traversée d’une époque « en paix » ou la violence se cache derrière le masque de la règle, de la loi. Peut-on dire d’une voix qu’elle est endeuillée ? Peut-être. En tout cas, celle du narrateur sera présente aux côtés de ceux qui sont en recherche de justice. En se solidarisant avec eux, (dans une attention presque « consolatrice »), le narrateur témoigne d’une expérience de l’altérité ou la présence de l’autre occupe toute la place.
Le livre sort à la fin du mois d’août.
Nous pourrons lire un autre livre de Mathieu Riboulet en août, Lisières du corps. Il est différent car il se construit de six textes courts, succession rapide d’histoires où le plaisir est constant.

Bonne lecture.
Thomas.

Bibliographie : retrouvez ici l’œuvre de Mathieu Riboulet.

Entre les deux il n'y a rien - Mathieu Riboulet

entre les deux il n’y a rien – mathieu riboulet – Verdier, 2015.

3 réflexions au sujet de « Entre les deux il n’y a rien – Mathieu Riboulet »

  1. Ping : Note de lecture : « Entre les deux il n’y a rien  (Mathieu Riboulet) | «Charybde 27 : le Blog

  2. Il n’y a pas de fiction dans le « roman » de Riboulet, sauf à considérer, comme vous le proposez, la « construction » fictive de chacun de nous au détours des événements familiaux, des guerres, des tensions sociales, etc… Il n’y a pas de fiction, on est toujours dans ce livre en plongée dans les corps, jouissants ou mourants. La fiction, peut-être, en réponse à cette question qu’il pose: qui sommes-nous quand, non-mourants ou non-jouissants, nous ne sommes pas connectés au réel du monde, dans ce tourisme auquel nous astreignent -malgré eux -et nous entrainent parents, et autres « grands du monde » ?
    http://interlivrehypertexte.over-blog.com/2015/09/mathieu-riboulet-entre-les-deux-il-n-y-a-rien.html

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