Peintures

Peintures

Patrick Bilheran

Du 8 janvier au 15 février / au café des langues, rue Mirepoix

Jeudi 10 janvier à 19 h, vernissage de l’exposition, en présence de Jean-Claude Pinson.

Patrick Bilheran est diplômé des Beaux-Arts de Toulouse et agrégé en Arts Plastiques. Originaire de Montauban, il vit à Cintegabelle et enseigne les Arts Plastiques en lycée, à Toulouse.

Ses travaux ont été exposés dans des espaces muséaux, notamment le musée d’Art Moderne et Contemporain de Cordes-sur-Ciel et le musée André Abbal de Carbonne, et il a participé à de nombreuses expositions collectives.

Les créations Patrick Bilheran ont également fait l’objet de plusieurs expositions individuelles, notamment à Toulouse (librairie Ombres Blanches, Galerie Concha de Nazelle, Galerie Françoise Courtiade…) et dans de nombreuses villes de la région Occitanie : Galerie Agathe Thuillier à Cajarc, Galerie Sépia

Enfantement de la peinture

« Qu’est-ce que la peinture, qu’elle soit ou non figurative, sinon la tentative de suggérer, par la matière qui lui est propre, la matière primordiale dont toute chose est tissée ?

Patrick Bilheran ne peint pas la natura naturata, la nature déjà ordonnée et par le langage arraisonnée. Il en peint le bateau ivre ; il peint la natura naturans, la nature toujours inchoative, la vie s’élançant depuis la matière dans l’aventure du monde.

La fragilité, le tremblé du tracé, le fading des couleurs, la composition décentrée souvent … bien des éléments ne peuvent pas ne pas faire penser, d’emblée, à Cy Twombly. Très vite cependant on voit une essentielle différence. Féru d’archéologie et de mythologie, le peintre américain trace sur la page de la toile des embryons, des graffitis de mots, plutôt que des figures.

« Peintre d’histoire », il raconte, comme l’écrit Christian Prigent, « l’épiphanie et l’agonie du signe ». Pas de noms esquissés, gribouillés, chez Patrick Bilheran. Mais pas non plus la seule matière (nul affaissement de la peinture en dépôts poisseux). Quelque chose d’autre, qui serait comme l’émergence de gestes émis par la matière elle-même, très en amont de la constitution stable des formes et figures (portraits, paysages). En somme des tracés et taches              « préhistoriques », posés dans un avant où ne s’est pas encore décidé s’ils deviendront ou non signes, parce qu’ils ne se sont pas encore détachés des remuements informes de la matière.

Si cette peinture ne raconte rien de déterminé, de circonscrit ; si elle n’est pas narrative (au sens où l’est la peinture d’histoire), pourtant elle raconte bien quelque chose d’essentiel. Elle raconte le grand combat du vivant humain, du vivant devenu humain. Elle raconte son combat le plus archaïque, qui est aussi celui de la peinture elle-même. Combat qui ne consiste en rien d’autre qu’en la tentative d’arracher aux emmêlements confus de la matière le surgissement d’une figure ou d’un paysage. Sur le drap froissé du papier, à même sa fragilité, c’est un accouchement qui se donne à voir. Du blanc, de son néant, on voit surgir des semblants de membres, une forme vaguement de sexe, un embryon de tête. Troué d’orbites, un visage s’esquisse.

Et ce qui se dit alors sur fond du grand combat cosmique qui est celui de la matière, c’est celui de l’humaine condition. Entre épiphanie et agonie, confrontée à la finitude, une condition où l’enfantement des formes, figures comme paysages, leur épiphanie, existentielle aussi bien que picturale, jamais n’a lieu sans la sanie et les souillures de la matière ni sans le placenta des couleurs.

Telle est, immémoriale, la grande leçon de la peinture. C’est elle, celle de son enfantement, au plus loin comme au plus près d’une enfance de l’art, que nous rappellent, aussi fortement que discrètement, les tableaux de Patrick Bilheran. »

Jean-Claude Pinson

 

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