Hommage à Irme Kertesz

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Il y a précisément dix ans, nous avons eu l’honneur de recevoir Imre Kertesz, Prix Nobel de Littérature en 2002. C’est à l’amitié des éditions Actes-Sud que nous avions dû cette proposition, et à l’accompagnement pour sa mise en œuvre des théâtres Garonne et TNT, et de l’Association des Hongrois de Toulouse.

Imre Kertesz et son épouse ont passé trois jours à Toulouse. On se souviendra d’un homme déjà âgé, au regard malicieux, au sourire engageant, disponible et d’un calme impressionnant. Le destin de Imre Kertesz fut de restituer par les mots les matières, l’air, la lumière et l’odeur des camps, alors même que tout était en œuvre pour priver de sens les femmes et les hommes qui y furent enfermés, devenant dès lors des «êtres sans destin». C’est de cela qu’il s’entretint dans deux débats publics, au Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, et au TNT, devant un public de près d’un millier d’auditeurs.

Il ne se produit pas si souvent des évènements de cette importance, sans que nous nous en souvenions avec une certaine émotion. Je me souviens par exemple du départ du couple hongrois, devant leur hôtel Place du Capitole, ce samedi matin de février 2006. Un air de pluie, une certaine lumière grise, qui ne pouvaient qu’ajouter à la tristesse du moment de la séparation. Il arrive régulièrement, à la librairie, que nous retrouvions des auteurs invités, un, deux ou plusieurs années après, pour un livre, pour un évènement. Je savais intuitivement que la chance qui nous avait été donnée de rencontrer Imre Kertesz ne se renouvèlerait pas, et la tristesse ne pouvait que faire la place à une évidente mélancolie. Il est vrai que les pays de notre Europe centrale convient mieux que les autres à cet état…

Imre Kertesz est mort, le 31 mars 2016. Il était né, un 9 novembre de l’année 1929, l’année de la crise, l’année de cette crise qui fonda les rancoeurs que l’on sait, dans tous les pays du monde, et particulièrement dans l’Allemagne bientôt nazie, qui inventa à peine dix ans après les industries de la mort. D’Imre Kertesz, de son destin d’homme, il reste les livres, auquel aucun feu ne viendra à bout, tant ils sont immortels.

Hommage rédigé par Christian Thorel.

 

 

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