Orr nie car… ?

Ça fait des années que ce bouquin traîne sur mes étagères, la vieille édition de chez Denoël achetée à une braderie, et ça fait autant d’années que j’entends parler de Iain Banks, de cet écossais qui a écrit Le Cycle de la Culture, et plein d’autres choses, et que ça vaut plus qu’un simple coup d’œil. Alors quand je me suis retrouvé il y a quelques jours sans bouquin entre les mains à 1h du mat’, je l’ai ouvert et je me suis dit que c’était le moment. Et j’ai bien fait. Si vous aimez Dick, Priest ou Ballard, si vous aimez cette SF qui a émergé après la période « vers l’infini et au-delà » qui se recentre sur l’humain, sur notre perception de la réalité, qui s’enfonce dans l’inconscient, alors vous aimerez ENtreFER de Banks (The Bridge en VO, belle réussite que ce titre français).

Le premier chapitre est troublant. Le récit s’ouvre sur un accident de voiture venant de se produire à hauteur d’un pont, accident dans lequel le narrateur est impliqué, coincé au sein de la tôle froissée. Mais nous abandonnons rapidement le blessé pour changer de niveau et découvrir John Orr (équivalent du John Doe anglais, son nom fait écho au George Orr d’Ursula Le Guin dans l‘Autre Côté du rêve). Ce dernier est coincé dans une ville construite sur un pont – un pont qui n’a ni début ni fin et dont personne ne sait où il mène ni d’où il vient. Il s’y est échoué, rejeté par la mer, inconscient. Pris en charge par le Dr Joyce et bien incapable d’expliquer son mal, John Orr croise la route de personnages singuliers, et notamment d’Aberlaine Arrol, une femme dont les bas de nylon lui rappelle la structure impressionnante du pont.
Puis l’on quitte John Orr (le quitte-t-on vraiment ?) pour suivre la vie d’un jeune homme écossais de la fin des années 60 aux années 80. On le recroisera de nombreuses fois, tout comme ce barbare qui trucide du magicien à tour de bras, s’enfonce au plus profond des Enfers et pour qui « devenir un légume serait une promotion », aux dires de l’animal de malheur moins décérébré qui l’accompagne dans ses aventures.

Tout est fait pour que l’on se demande qui est qui, qui est un rêve et qui ne l’est pas, sont-ils tous issus d’une même conscience (celle du blessé du premier chapitre) ou n’ont-ils au final rien à voir ?

A la manière des poutrelles des ponts omniprésents dans le récit, les destinées s’entrecroisent et forment un univers paranoïaque où le lecteur se perd avec délice.

Entrefer

ENtreFER de Iain Banks, Folio SF – 2000

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