Padre Pio – Sergio Luzzatto

En Italie, à quelques mois de la fin de la Première Guerre  mondiale, Padre Pio, prêtre capucin du couvent San Giovani Rotondo, voit apparaître en vision un mystérieux personnage saignant des mains et des pieds. Suite à cette apparition, des stigmates de la crucifixion de Jésus surviennent sur son corps. « Je me suis aperçu que mes pieds, mes mains et mon côté étaient transpercés et laissaient couler du sang ».

A propos des stigmates il existe déjà des travaux de sociologie religieuse mais ici il est question d’en faire un parallèle avec le contexte politique italien entre l’après Première Guerre Mondiale et le concile Vatican II (1965).  En effet, les stigmates de Padre Pio représentent la métaphore des blessures physiques et psychologiques de la guerre. Après le retour des mutilés de guerre et la grippe espagnole, l’Italie avait besoin d’une justification spirituelle à ces souffrances. Selon Ignazio Silone (écrivain) «  Ce n’est pas parce qu’il y a des syndicats qu’on peut se passer des saints car les pauvres gens vivent toujours dans la peur ».  Il n’est pas ici question de trancher sur la véracité de ces stigmates mais de révéler le monde de Padre Pio.

Le lien entre le clergé et la religiosité populaire mêle le besoin de réconfort à l’avidité du clergé. C’est ainsi que Padre Pio est devenu le saint le plus vénéré de l’Italie du XXe siècle. « Padre Pio est devenu le saint le plus vénéré du XXIe siècle, loin devant non seulement Saint Antoine de Padoue et Saint François d’Assise, mais aussi la Vierge et Jésus de Nazareth lui-même. »

On apprend ainsi que l’histoire de Padre Pio est intimement liée à la politique de l’époque. Quand les socialistes rêvent de la guérison du monde, les chrétiens rêvent aux miracles de Padre Pio. Celui-ci était au centre du clérico-fascisme. Il a soutenu les anciens combattants contre les communistes, a été financé par des trafiquants et espions au service des fascistes et son culte a, après la chute du régime, accueilli et blanchi d’anciens collaborateurs. Après guerre, la disparition des grands mythes protecteurs (fascisme et royauté) a permis à la piété populaire de se reporter sur le mysticisme chrétien catholique.

En 1957, le pape Pie XII accorde une dérogation à son vœu de pauvreté afin qu’il puisse devenir le propriétaire et gestionnaire unique de l’hôpital le plus moderne d’Italie, construit grâce aux dons des dévots à côté du couvent, ce qui illustre les contradictions de ce prêtre capucin. Celui-ci meurt en 1968 et est canonisé par Jean-Paul II en 1999.

Sergio Luzzatto, avec une pointe d’ironie, explique comment un petit prêtre des Pouilles un peu limité, entouré de ses bigottes a pu devenir le personnage italien le plus important du XXe siècle.  Au-delà de la biographie d’un personnage hors-norme, l’auteur écrit une histoire des mentalités italiennes de l’époque.

« Miracle n°31. Une religieuse s’est cassé la jambe, et c’est encore un miracle de Padre Pio, parce que, autrement, elle aurait pu se casser les deux. Amen.
Miracle n°x. Un homme qui se rendait chez le barbier était sur le point de marcher dans la merde quand Padre Pio lui est apparu et lui a fait faire un bon de côté en sorte que l’homme n’a pas mis le pied dedans. »
Extrait de l’article intitulé «  de l’imbécilité des pauvres en esprit, de la sottise du parfait adorateur de Padre Pio » dans la revue satirique livournaise Il Vernacoliere.

Elsa et Samuel

 

Padre Pio, Miracles et politique à l’âge laïc – Sergio Luzzatto – Nrf essais, Gallimard, 2013.

 

 

 

 

 

 

 

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