Bolañocosmia

Cyclocosmia est une revue de littérature, de critique et de création, axée à chaque numéro sur l’œuvre d’un écrivain. Après des dossiers sur Pynchon et Lezama Lima, cette troisième livraison est consacrée à l’écrivain chilien Roberto Bolaño, et les lecteurs de la librairie savent à quel point son compagnonnage nous est important.

Il n’est pas toujours facile de rendre compte de l’intérêt d’une revue, même s’il parait sûr que celle-ci a pour ambition de faire, avant tout, partager son ardeur. Ainsi Bolaño (que l’on présente souvent depuis plusieurs années comme le chef de file d’une nouvelle génération d’écrivains latino-américains) est abordé de différentes manières, au gré des sensibilités de chaque contributeur. Pour le néophyte, Cyclocosmia constitue une bonne introduction à l’œuvre (comme ce fut le cas pour le numéro consacré à Pynchon). Le passionné, lui, trouvera matière à approfondir certains thèmes, certains aspects de cette œuvre protéiforme, ou encore à s’exalter à la lecture de témoignages comme ceux de son éditeur espagnol Jorge Herralde.

« Un temps, la Critique accompagne l’œuvre, ensuite la critique s’évanouit, et ce sont les lecteurs qui l’accompagnent. »

Cette réflexion d’Eduardo Lago me semble illustrer parfaitement l’ambition de Cyclocosmia, être une revue faite par des lecteurs passionnés, dans leur diversité ou leur similitude, en vue de faire partager leur enthousiasme.

Cette revue constitue aussi une des toutes premières études d’ensemble de l’œuvre de Bolaño (à l’exception de la publication d’actes d’un colloque à Bordeaux en 2006 surtout centré autour du roman Nocturne du Chili)

Décidément, ce printemps est riche en publications de Bolaño, puisque reparait en livre de poche (collection Folio) une de ses œuvres majeure : Les détectives sauvages, ainsi qu’un grand roman inédit : Le troisième Reich (Christian Bourgois éditeur).

Le troisième Reich est ce qu’on pourrait appeler une œuvre  de « jeunesse » de Bolaño, le  roman a été écrit en 1989, mais il porte en lui comme en germe tous les thèmes chers à l’auteur. Bolaño nous fait entrer dans le monde d’Udo Berger, un jeune allemand fanatique de jeux de guerre, au travers de son journal intime en cette fin d’été sur la Costa Brava. Si Udo semble comprendre le monde comme il comprend les wargames, c’est-à-dire par le mode du jeu, si pour lui le monde est un jeu de plateau, sa vie semble être vouée à la recherche de  la partie parfaite, une partie qui viendrait lui rendre le monde intelligible. Chez  Bolaño le monde est hostile, le mal gronde partout, la lecture au fil des pages se fait de plus en plus oppressante, et le lecteur, tout comme Udo, avance à tâtons dans cet univers peuplé de personnages inquiétants où la différence entre rêve et réalité est parfois bien floue.

Enfin, ajoutons que Le troisième Reich est une très bonne porte d’entrée à l’univers de Roberto Bolaño.

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