Climats de France

Marie Richeux
Climats de France
Éditions Sabine Wespieser

Climats de France est un livre empreint de lumière. Comme si Marie Richeux respectait ainsi l’injonction amicale de Malek, ce témoin, voisin et ami, personnage central de son roman. Cette recommandation, qui clôt le livre, est tout à la fois une prière, l’expression de la mémoire des choses inoubliables, de l’au-delà de l’exil, le goût de la beauté, et aussi une juste reconnaissance. N’oublie pas ce qu’il y a d’incomparable là-bas, mais comme partout en fait, c’est la clarté. Surtout, pense à la clarté, dit Malek.

Lire la suite

Sigma

Julia Deck / Sigma / Éditions de Minuit

Dans son premier roman, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit, 2012), Julia Deck engageait son personnage dans une itinérance dans Paris après un crime indéterminé, singulier, un raptus, diraient les psychiatres. C’est à un autre raptus qu’elle va nous conduire, à la fin de ce troisième roman, au titre un peu « vintage », Sigma, un titre qu’un écrivain comme Claude Ollier n’aurait pas réfuté, et que les Éditions de Minuit viennent de publier. Mais n’anticipons pas. Il faut laisser le lecteur faire son chemin dans ce livre qui aime les faux-semblants, et où l’on trouverait les couleurs, les lumières contrastées et les décors des films d’Alain Resnais.

Lire la suite

Le petit garçon sur la plage

Pierre Demarty
Le Petit garçon sur la plage
Éditions Verdier

Comme un préalable, il y aurait l’impérieuse nécessité de rendre compte. Il y aurait aussi et probablement celle de dire son désarroi. Il y aurait le désir de laisser l’écriture faire ce lien tendu entre soi et le monde, entre l’histoire du monde et sa propre histoire. La littérature a toujours voulu être le lieu de cette tension difficile, de ces paris impossibles. Plus encore lorsque le monde, pris dans la spirale de violences chaque jour nouvelles, échappe au regard et à la raison. Lire la suite

Le Ciel devant soi

« Des Jacobins »

Un regard sur l’exposition Le Ciel devant soi par Christian Thorel

Où que l’on soit dans la ville rose et orangée, des Jacobins de Toulouse, on ne cesse de se casser le regard dans la volée de creux et de voûtes d’un clocher devenu un des symboles de la ville. Sous la montée au ciel de l’assemblage de briques, il y a la façade que l’on ne voit pas, bordant la cour du lycée, dans une semi-clandestinité. Contre le cloître, le réfectoire a cessé de rassembler les dominicains pour leurs repas silencieux. La méditation s’y pratique dans le cadre d’expositions, dont il faut dire que nous les aimerions plus nombreuses, tant elles offrent de très beaux moments et de découvertes.

Lire la suite

Des livres et des savoirs

Des livres et des savoirs

Le numérique a profondément modifié le rapport au savoir. La tyrannie de l’individu contemporain exige de ce nouvel espace son immédiateté, une adaptation évidente au registre (le plus) commun de vocabulaire, et la plus grande des élasticités. Depuis l’immensité du brouillard des « données » et des informations, chacun attend sa réponse, son renseignement. Mais qu’en est-il de l’enseignement ? Mais qu’en est-il de notre propre désir de savoir ?

Lire la suite

Hommage à Armand Gatti

Hommage à Armand Gatti (1924 – 2017)

par Christian Thorel

La main gauche soutenant une pile de livres d’art, composée de plusieurs volumes dans l’Univers des formes, l’homme fait un séjour de quelques minutes devant le rayon de littératures d’extrême-orient, la main-droite se saisissant des traductions du chinois. Depuis l’accueil dans l’entrée de la librairie, je l’observe de biais, il séjourne à une dizaine de mètres de moi, de l’autre côté, à l’entrée du minuscule couloir qui mène aux autres rayons de la librairie. Un pull à col roulé, noir, un pantalon de velours côtelé, noir aussi, semblent indiquer une certaine insouciance du vêtement, sans négligence toutefois.

Lire la suite

Denise au Ventoux / Verdier

Il y a dans les pages de Denise au Ventoux quelque chose comme les accents d’une schizophrénie. Cela procèderait de l’interrogation de l’animalité, qui est au cœur des pages de ce livre, mais plus encore de la part animale que l’auteur traque dans son narrateur, une part animale qui en serait la plus sensible, la plus attentive aux êtres et à la vie. De même qu’il existerait deux champs d’observation pour Paul, le narrateur, celui d’abord des humains et de leur cirque quotidien, celui ensuite qui obsède son regard, capturé par les signes d’intelligence de Denise, la chienne dont il hérite « provisoirement » et naturellement, de même le roman, qui fait le récit de cette liaison entre homme et chien(ne), est-il divisé en deux approches du genre romanesque.

Lire la suite

Denise Epstein / Théâtre Garonne

Ce texte a été écrit et lu par Christian Thorel au Théâtre Garonne le 1er décembre 2016 à l’occasion d’une soirée consacrée à Denise Epstein dans le cadre des journées de la culture juive.

Survivre et vivre. Ses amis savent le titre du recueil d’entretiens que Denise eut avec Clémence Boulouque, et qui suivit, trois ans après, la sortie de Suite française, un des grands évènements de l’édition des premières années du nouveau siècle. Pensant à celles et ceux qui vécurent la shoah, la menace, la souffrance ou la mort, la mémoire massacrée et le souvenir impossible, on n’oublie ni la dimension du mot « survivre », ni celle du mot « vivre ». Lire la suite

Didier Goupil / Traverser la Seine / Éditions Le Serpent à Plumes

Didier Goupil est un artiste de la dissimulation. Il est où on ne l’attend pas. Son souci pourrait être de lâcher son lecteur dans le trouble des illusions. Journal d’un caméléon, Les tiroirs des Visconti, ou même Femme du monde, autant de titres où l’on devine le goût de mettre en jeu l’artifice, de le dénoncer, celui de donner à voir derrière le monde des apparences.

Lire la suite

Luc Lang / Au commencement du septième jour / Stock

44-lac-doo%cc%82Je me souviens des livres du Nord par lesquels il avait débuté son œuvre romanesque. Sans doute Luc Lang, à la fin des années 80, ignorait-il les traces qu’il ferait suivre à ses lecteurs, plus de trente ans après. Dans un essai publié en 2011, Luc Lang précise ce qui le tient au travail de la littérature, et ce qu’il entend comme projet et comme conduite de l’entreprise romanesque. Il faudra y revenir. Ce qui paraît sûr, ce sont les deux conditions que Luc Lang tient comme majeures pour ses fictions : des personnages, des lieux, et qui fondent une œuvre littéraire.

Lire la suite