« Promenons-nous dans les bois » de Bill Bryson

Ceux qui me connaissent savent que je suis une grande admiratrice de Bill Bryson. J’ai lu beaucoup de ses ouvrages et avoue avoir une affinité avec son écriture tout à la fois objective et journalistique mais aussi un brin décalée et drôle.

Dans « American rigolos » et « Nos voisins du dessous« , c’est le chroniqueur qui m’a séduite. Qui mieux qu’un natif peut être à même de décrire tous les travers américains. Mais au bout du compte, pas forcément, puisque dans « Nos voisins du dessous » il s’emploie à dépeindre les mœurs, certes peut être pas si différents, de nos amis australiens, toujours avec cette même verve. « Motel blues« , quant à lui, est un récit de voyage dans le sens plus classique du terme. Revenu aux États-Unis après un interlude britannique de plusieurs années, il parcourt en voiture une grande partie de l’Amérique du Nord. D’un aspect plus intime et personnel, il évoque certains souvenirs propres à son enfance même s’il ne peut s’empêcher de garder ce côté critique et humoristique. « Une histoire de tout ou presque » a l’envergure d’un essai. Bill Bryson, dans cet ouvrage, s’attaque à un vaste sujet. De manière synthétique, il chronique les grandes étapes de l’histoire de l’Univers (prix « Aventis » du meilleur livre de vulgarisation scientifique) et comme toujours avec Bill Bryson les anecdotes amusantes côtoient le sérieux des découvertes scientifiques.

J’ai adoré tous ces ouvrages pourtant d’un style différent (chronique, essai et récit de voyage) parce que j’y retrouve cette même écriture simple et souple, drôle et cultivée.

D’autres textes ont été traduits, notamment une biographie de Shakespeare et un texte plus personnel où il relate son enfance américaine, « Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950« , que je n’ai pas eu le plaisir de lire.

 Ce fût donc une agréable surprise d’apprendre qu’une nouvelle traduction d’un livre de Bill Bryson allait être publiée. Un grand merci aux Éditions Payot! Pour tout vous dire le sujet du livre m’inquiétait un peu : l’auteur devait relater son périple le long du sentier de randonnée des Appalaches aux États-Unis. Hors le peu que je connais de Bill Bryson, aux travers de ses ouvrages et des recherches que j’ai pu faire, c’est qu’il n’est pas un grand randonneur et que ce n’est pas vraiment son sujet de prédilection. C’est donc avec hâte et fébrilité, comme lorsque l’on attend avec impatience la sortie d’un film ou le prochain tome d’un livre que l’on a adoré, et que l’on se demande si l’on ne sera pas déçu, que j’ai commencé « Promenons-nous dans les bois« .

 Ce livre n’est pas un récit de voyage. Il ne s’agit pas de chroniques non plus. Il n’est ni un récit naturaliste ni un essai. Je dirais qu’il est tout cela à la fois.

 Bill Bryson dans « Promenons-nous dans les bois » décide de partir à la conquête de l’Appalachian Trail qui serpente sur plus de 3500 km, de la Géorgie au Maine à travers 14 états.

« Qui peut prononcer les mots de « Great Smoky Mountains » ou « Shenandoah Valley » sans sentir le besoin irrépressible comme l »a évoqué au XIXeme siècle le naturaliste John Muir, « de jeter une miche de pain et une livre de thé dans une vieille besace puis de sauter par-dessus la barrière du jardin? »

Mais Bill Bryson n’est pas un naturaliste comme John Muir. Il n’est pas même un sportif. Il est un citoyen lambda américain ayant peu l’habitude des grands espaces. Contrairement aux récits de voyage traditionnels, il ne nous épargne pas les questionnements en vue du départ. Quel matériel emporter? Quelle quantité de nourriture? Partir seul ou accompagné (sur ce genre de chemin on peut mourir d »une simple ampoule au pied, si l’on est seul). Réfléchir aux dangers potentiels : l’Ours brun est loin d’être un mythe dans cette région des États-Unis.

Un vieil ami de Bill Bryson, avec lequel il avait parcouru l’Europe aux débuts des années 1990 (relaté dans « Neither here nor there : Travels in Europe » jamais traduit!!!!) accepte au dernier moment de se joindre à lui pour le voyage. Autant vous dire que la folle équipée n »est pas au bout de ses peines surtout lorsqu’on sait que Katz, l’ami en question, n’a qu »une passion dans la vie c’est celle de regarder les épisodes d’X-files à la télé.

 Ce récit est comme une barque en plein Océan. On ondule de manière permanente entre des situations plus cocasses que jamais et des moments de pure osmose avec la Nature. Il suffit de quelques lignes pour apprécier le calme souverain de la forêt, sentir la sueur perlée sur les fronts de nos randonneurs, les frissons et la panique en vue d’un animal pas si familier que cela.

– Comment peux-tu rester aussi calme?

 -Qu’est-ce-que tu veux que je fasse? T’es déjà assez hystérique pour deux?

-Excuse-moi, mais je pense que j’ai le droit d’être un poil inquiet. Je suis en pleine forêt, au milieu de nulle part, à fixer un ours dans l’obscurité en compagnie d’un type qui n’a qu’un coupe-ongles pour se défendre. Laisse-moi te poser une question : si un ours se jette sur toi, qu’est-ce que tu comptes lui infliger? Une pédicure?

-Je m’occuperai de ce problème en temps et en heure, a-t-il dit d’un ton implacable.

-Comment ça en temps et en heure? Mais on y est déjà banane! Il y a un ours là-bas, merde! Il nous regarde. Il sent les nouilles et les Snickers et…Oh! putain!

-Quoi?

-Il y en a deux. Je vois une autre paire d’yeux. »

 Bill Bryson n’est pas un randonneur comme les autres et ce qui l’intéresse par-dessus tout c’est d’observer ce qui l’entoure. On voit qu’il s’est beaucoup documenté avant et pendant le voyage, il nous livre beaucoup d’informations sur la faune ou la flore mais aussi sur la société américaine et la sauvegarde de ses sentiers de randonnée. Publié aux États-Unis en 1997, le récit date un peu mais donne déjà un aperçu des problèmes qui se posaient et qui, je suis sûre, sont loin d’être réglés pour la plupart.

« Je sais que le monde est en perpétuel changement, mais la rapidité des changements aux États-Unis est tout bonnement stupéfiante. En 1951, l’année de ma naissance, Gatlinburg ne comportait qu’un seul commerce : une épicerie appelée Ogle’s. Puis, quand le boom économique d’après guerre s’est accéléré, les gens ont commencé à venir dans les Smoky Mountains en voiture et les motels, restaurants et magasins de souvenirs ont poussé pour les accueillir. En 1987, Gatlinburg affichait 60 motels et 200 magasins de souvenirs. Dix ans plus tard, on y trouvait 100 motels et 400 boutiques. Et la chose remarquable, c’est qu’il n’y a rien de remarquable là-dedans. »

 Vous l’aurez compris, encore un vrai coup de cœur pour cet auteur qui nous oblige à regarder le monde différemment ou plutôt comme il l’est vraiment.

2 réflexions au sujet de « « Promenons-nous dans les bois » de Bill Bryson »

  1. J ai eu la chance de lire A Walk in the Woods des sa parution. Et si Bill Bryson nous rendait visite a Toulouse?

  2. Ce n’est pas l’ennuyeux film « Randonneurs amateurs » qui peut rendre hommage à ce merveilleux livre. On est plus attendri par la vieillesse des acteurs que par l’humour des personnages. Même la beauté des Appalaches cède le pas devant l’amertume que suscite le cabotinage de ces grands acteurs.

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