« Les découvertes » de Eric Laurrent

« La quatrième de couverture du dixième et dernier roman en date d’Éric Laurrent, écrivain français contemporain édité chez Minuit depuis 1995, a de quoi séduire :

De la vue d’une reproduction des Sabines de David dans un vieux dictionnaire jusqu’à sa première nuit d’amour, ce livre évoque la croissante fascination d’un jeune garçon pour le corps féminin. L’affiche du film érotique Emmanuelle, telle scène de baignade dans Tarzan et sa compagne, la double page centrale d’un numéro de la revue de charme Penthouse, un strip-tease dans une fête foraine en marqueront quelques étapes. Mais il sera aussi question des jeux troubles de la prime enfance et de certaines expériences propres à l’adolescence.

Eric Laurrent écrit à la première personne et évoque sa propre jeunesse mêlée de fiction, re-parcourue dans l’ordre chronologique et par étapes successives à l’aune de sa progressive bien que tardive découverte de la sexualité et, plus encore, de la féminité, du désir et de la beauté. On se retrouve d’une façon ou d’une autre dans ce récit par ailleurs souvent drôle et toujours parlant qui dresse le portrait d’un jeune homme fasciné par le corps féminin et ses mystères, obsédé dans sa religieuse admiration de l’énigme féminine et dans son exploration épuisante, stimulante et sans fin de la beauté, toute entière incarnée par la Femme, divinité de chair, accessible tant qu’inatteignable.

L’exploration se veut et se révèle inépuisable au fil d’une somme de nouvelles découvertes, d’épiphanies sensuelles qui en appellent toujours d’autres. Les évocations successives d’images ahurissantes et hypnotiques aux yeux de celui chez qui elles lèvent un secret aussi scellé que convoité (l’affiche du film érotique Emmanuelle aperçue sur la devanture d’un cinéma, la danse aquatique nue décomposée en tableaux cinématographiques des amants du film Tarzan and his wife, les cuisses ouvertes de la playmate Jolanta Von Zmuda sur un poster admiré dans le vestiaire d’un oncle garagiste) sont toutes magnifiées par une verve intarissable qui joue à merveille de son pouvoir d’évocation et qui pousse la littérature vers les confins du visuel.

Le style est très ample, le verbe haut, les phrases sont volontairement sinon labyrinthiques du moins entrelacées dans une fuite incontinente vers l’avant qui retombe toujours sur ses pas, l’adjectif – rare voire oublié de préférence – est roi, l’ornement le plus raffiné le mêle à un mélange des tons très contemporain, et les phrases s’étendent encore et encore dans de multiples digressions, précisions, ajouts, détails ou anecdotes. Mais le procédé ne devient pas système, d’autant que Laurrent joue de ce style riche et gourmand et le révèle volontiers avec ironie pour en désarmer tous les pièges. Au final Les Découvertes est un roman aussi plaisant que touchant, dont le style orné et les phrases à tiroirs gêneront peut-être certains lecteurs mais enthousiasmeront tout aussi bien, plus encore pour peu que l’on s’identifie tant soit peu aux rapports divers et obsessionnels du narrateur à la Femme, l’objet de toutes ses pensées adolescentes et de toutes ses joies, physiques mais surtout psychiques, passées et présentes. » Rémi Gonzalez


Les Découvertes
– Eric Laurrent – Les éditions de Minuit – 14,00€

 

 

 

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