Ô dingos, ô châteaux ! – Manchette et Tardi

Avec l’adaptation de Ô dingos, Ô châteaux ! (Futuropolis), Tardi revient une nouvelle fois avec un texte de Jean-Patrick Manchette. Et pas des moindres, puisque celui-ci a reçu le grand prix de littérature policière en 1973. A l’époque cependant, certains avaient avançé que ce roman avait reçu le prix à la place de Nada(paru un an avant, disponible en Folio policier), jugé trop politique pour être primé (les aventures d’un groupuscule d’extrême gauche qui enlève l’ambassadeur des États-Unis pour faire passer ses revendications).

Toujours est-il que, pour leur donner raison, Ô dingos, Ô chateaux ! (Folio policier) n’est pas le texte le plus emblématique de Manchette. De politique il n’en est pas question, si ce n’est que pour l’auteur, l’écriture ne sert qu’à dénoncer la société des années 70. « Le polar cause d’un monde déséquilibré, donc labile, appelé donc à tomber et à passer. Le polar est la littérature de la crise » (Chroniques, Rivages/Noir). Nous assisterons dans cette aventure à la traque de Julie (nurse tout juste sortie d’un hôpital psychiatrique) et de Peter (l’insupportable gamin qu’elle doit garder) par trois tueurs professionnels impitoyables engagés par… n’allons pas plus loin sous peine d’en dire trop ! Sachez juste que c’est un imbroglio infernal où les faux semblants et les fausses pistes ont le beau rôle, et où le salut viendra d’un château fabuleux…

Adapter un roman de Manchette n’est pas un exercice facile. En effet son écriture au style inimitable et riche paraît difficilement amputable et transformable. D’autant plus que chez cet auteur, la forme a autant d’importance que le fond. Tardi a l’avantage d’avoir collaboré avec Manchette de son vivant avec Griffu, paru en 1978 (Casterman). Supposons que l’échange a dû permettre à l’auteur de BD d’apprendre à saisir l’essence de l’écriture « manchétienne » pour l’adapter sans la dénaturer, tout en y apportant sa patte.

Ainsi, lorsque le texte est coupé, le dessin prend le relais et l’on sent un effort particulier pour conserver le rythme, la violence et l’absurdité du texte. C’est clair, l’esprit de Manchette est là. Pari réussi à mon avis pour Jacques Tardi, qui à la suite du Petit bleu de la côte Ouest (Futuropolis et Folio policier) et de La Position du tireur couché (Futuropolis et Folio policier), offre un nouvel opus permettant à ceux qui ne le connaissent pas ou peu de découvrir l’univers de Manchette.

Quant à moi je ne peux que vous conseiller d’aller lire les Romans Noirs, parus intégralement dans la collection Quatro de Gallimard. Vous aimerez ou pas. Mais ne resterez jamais indifférent. N’est-ce pas cela le bonheur de lecture ? En tous cas pour « ceux qui ne s’imaginent pas que le bonheur, c’est du confort ». (Chroniques).

 

    Ô dingos, ô châteaux ! – Jean-Patrick Manchette & Jacques Tardi – Futuropolis, 2011 – 19€

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Ô dingos, ô châteaux ! – Manchette et Tardi »

  1. Salut et Fraternité.

    Je ne partage pas l’enthousiasme ci-dessus, bien qu’étant fana tant de Manchette que de Tardi … Les adaptations de Léo Malet étaient à mon sens beaucoup plus fidèles à l’esprit d’origine.

    C’est réussi, certes, mais rien à voir avec le plaisir que l’on peut avoir à lire ou relire les romans de Manchette, dont le verbe se prête effectivement difficilement à l’adaptation.

    Je dirais que ces adaptations sont à conseiller à ceux qui n’ont pas lu Manchette, ils auront plaisir à lire les BD, et encore plus à découvrir les romans.

  2. Bonsoir, pour rebondir sur le com de rossiaud, je n’avais jamais lu de JP Manchette et je dois dire que j’ai bien apprécié la BD, j’ai lu les deux précédentes adaptatons Le petit bleu de la côte ouest et la position du tireur couché. Cela m’a donné envie de lire les romans. C’est un bon complément. Ô dingos, Ô châteaux: très bien. Bonne soirée.

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