Dramuscule

Ma chère Lise de Vincent Almendros, Éditions de Minuit

Un jeune professeur tombe amoureux de son élève : voilà l’intrigue du premier roman que publient les Éditions de Minuit en cette rentrée. Intrigue pour le moins ténue, qui fait dire à une partie de la critique que ce roman s’inscrit dans la droite ligne du catalogue de la maison à l’étoile bleue : le minimalisme.

Camille Laurens, dans un article du Monde au sujet du dernier livre d’Hélène Lenoir (Pièce rapportée, publié aux mêmes Editions de Minuit), écrit : « …(ce texte) devrait rendre caduque l’opposition factice entre romancier de l’intime et romancier du monde (…) La sauvagerie des individus dans leur espace privé présente et déplie la violence des conflits extérieurs. » On pourrait reprendre cette citation au sujet du roman de Vincent Almendros. Pas de projet démonstratif ici, ni dans la forme, ni dans le fond. Et c’est justement tout l’intérêt de ce texte, qui nous rappelle que notre vie est faite de ces événements minuscules qui nous semblent insignifiants, mais n’en sont pas moins les composants de nos drames les plus ravageurs et de nos joies les plus intenses. On me répondera peut-être que le roman a pour fonction, au contraire, de nous permettre de nous évader de notre quotidien. Parfois, c’est vrai, nous avons envie d’ouvrir nos fenêtres et de sentir le vent de l’aventure souffler dans notre salon. Mais la littérature est là aussi, et peut-être surtout, pour nous apprendre à nous connaître, et nous donner la force d’affronter nos « dramuscules ». Il faut alors beaucoup de talent pour nous faire toucher du doigt, sans effet de manche, la peur de l’abandon et la crainte de la mort. Vincent Almendros fait mouche, à travers une langue dénuée de toute emphase, et une écriture toujours juste et précise.

Alors, minimaliste ? Sans doute il conviendrait mieux de parler d’écriture modeste et économe, oui, une écriture taillée sur mesure pour dire le tumulte de notre vie intime. Contrairement aux apparences, ce n’est certainement pas le pari le plus facile à prendre pour un écrivain. Pari gagné pour ce jeune auteur.

  Ma chère Lise – Vincent Almendros – Editions de Minuit, 2011 – 13,50€

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